Le rêve lucide

Voilà plusieurs fois déjà que Les Fourches caudines, notamment à travers le personnage d’Héliä, mentionne le rêve lucide. Cette pratique commence à être connue mais je tenais à en parler davantage car elle a tenu une grande place dans l’élaboration du récit et tiendra une grande place dans son déroulement.

Avant d’expliquer ce qu’est le rêve lucide, il convient de dire deux ou trois mots du rêve de manière générale. Le rêve est un mécanisme du sommeil qui prend place durant la phase de sommeil paradoxal, mais pas uniquement. Il existe plusieurs théories tentant de répondre à la question : « Pourquoi rêvons-nous ? » Certaines études disent que c’est pour consolider les apprentissages de la journée et les mémoriser ; d’autres affirment que c’est davantage pour préparer la journée du lendemain. D’autres encore sont convaincus que le rêve ne sert à rien, et que les scénarii qu’il développe ne sont que éléments divers de notre vie, rendus grotesques par un langage débarrassé des contraintes de l’état de veille.

Dans notre civilisation, l’étude des rêves – l’onirologie- n’est pas très poussée. Bien que l’on trouve des récits de rêves datant de toutes les époques et que part belle lui soit d’ailleurs faite dans les grandes traditions religieuses, il faudra attendre en Europe le XIXe siècle, pour voir la psychanalyse et le monde de l’Art (les écrivains fantastiques et Surréalistes en tête de file) se pencher sur le rêve.

Avant cela, il se vendait nombre de « Clefs des songes », livres censés expliquer le sens des rêves à partir de symboles tirés d’un imaginaire commun. La science aujourd’hui va à l’encontre de tout cela : le rêve parle un langage personnel à chacun et il est de bon ton de tenter de le comprendre pour saisir un peu mieux ce qui fait notre humanité. De plus, il continue d’exercer sur nous une certaine fascination de par son étrangeté qui confine au mystère : quelle est cette chose incongrue qui se passe à notre insu dans notre corps la nuit ? Comment pouvons-nous produire ces images sans aucune volonté ? Qu’est-ce que cela dit de nous ?

Dans le monde des Fourches, le rêve a été davantage étudié, en tant que fondement de la religion des Onironautes. Mais plus tard, il a disparu des radars, au point d’entrer en affrontement avec le modernisme de l’Etat d’Edistyä. Il reste donc des traces d’un rapport culturel au rêve, mais il est devenu au-delà de cela un sujet de discussion comme un autre.

La pratique du rêve lucide y est cependant plus répandue, ou du moins plus connue. Le rêve lucide est une aptitude (qui s’acquiert) consistant à pouvoir prendre le contrôle de ses rêves et à y faire ce que bon nous semble. En résumé, vous cumulez l’état débridé du rêve avec la volonté de l’état de veille. Il ne s’agit nullement d’un talent ou d’une pratique magique, mais d’un état induit par une longue préparation détaillée par le spécialiste de la question, Stephen Laberge, dans S’éveiller en rêvant. Les étapes fondamentales en sont très simples:

  • tenir un journal des rêves (appelé « nocturnal » dans Les Fourches, un vieux terme utilisé au XIXe siècle) dès le réveil et le relire le soir avant de dormir.
  • favoriser les heures de sommeil de manière générale. Les Surréalistes, eux, favorisaient le sommeil paradoxal en inventant des mécanismes pour se réveiller au bout d’un certain temps. Héliä utilise aussi en partie cette technique, mais gare aux perturbations du sommeil ! En effet, après le sommeil paradoxal vient le profond, le récupérateur !
  • Etre attentif au fonctionnement de nos rêves, aux motifs qui reviennent souvent, aux liens qui tissent les idées entre elles.
  • Lorsqu’on commence à être habitué à certains motifs, on peut prendre le contrôle d’un rêve en se répétant que l’on est en train de rêver (ce qui, en temps normal, est impossible ou provoque l’éveil). On peut aussi d’être aidé d’un stimulus extérieur (lumière, eau…) qui se transformera en signal dans le rêve et pourra être le point de départ d’un rêve lucide.
  • Il faut garder en tête que c’est un apprentissage à transmettre à votre cerveau, des réflexes à lui faire prendre. Les échecs sont nombreux.

Ça a l’air un peu fou comme ça mais certains ont développé une véritable technique, et il est même avéré que la pratique du rêve lucide augmentent les performances, notamment celles de certains sportifs ou artistes, qui profitent du rêve lucide pour « répéter » dans leur sommeil. Je vous invite à regarder ce bon documentaire pour aller plus loin.

Pour ma part, je n’ai pas réussi à créer de véritable technique lucide, pour la simple et bonne raison que je n’ai pas le temps de dormir suffisamment ; mais il m’est arrivé de faire, comme beaucoup, l’expérience d’un rêve lucide de manière isolée.

Et alors, qu’est-ce qui intéresse Héliä dans le rêve lucide ? Plusieurs choses. D’abord, Héliä est convaincue que les rêves servent au corps à envoyer des messages au cerveau. Ainsi, si elle rêve de dents, elle prendra rendez-vous chez son dentiste : débarrassé des stimulations trop nombreuses à l’état de veille, le corps s’adresse directement à nous lorsqu’on dort. Ainsi, si elle résout les énigmes que son rêve lui envoie, la jeune fille est persuadée qu’elle réglera des problèmes de la vie éveillée.

Ensuite, Héliä adore creuser les possibilités d’un nouveau monde, que ce soit par la réalité augmentée, la synesthésie ou le rêve lucide. Elle aime explorer, concevoir les choses différemment, se laisser bercer par l’idée que le monde peut être plus que ce qu’il est. Peut-être a-t-elle raison d’être si rêveuse…

Lil/AM.

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