L’onomastique

Aujourd’hui, je voulais soulever rapidement un de mes gros problèmes lorsque j’écris des histoires : l’ONOMASTIQUE, c’est-à-dire l’étude et le choix des noms. Que ce soit ceux des personnages ou ceux des lieux, c’est toujours pour moi un casse-tête sans nom.

what's your name boy

 

Un nom, c’est une identité. Je suis de ceux qui pensent qu’un nom ne se choisit pas au hasard (ou du moins, jamais totalement). C’est un de mes petits côtés nothombiens. « Quand un nom est un rempart et que ne pouvoir le franchir enivre, cela s’appelle l’amour. » écrit Amélie. Pour elle, le nom a en effet un rôle crucial, au point d’être nécessaire à l’intrigue (comme dans Acide Sulfurique) : il est toujours recherché et signifiant. Prétextat, Urbain, Pannonique, Pétronille…On ne compte plus les prénoms excentriques exhumés par l’auteur belge.

Pour moi, choisir un prénom relève malheureusement de la corvée. Avant de commencer à écrire Les Fourches, j’avais très peu de personnages, cela allait donc assez vite. Je choisissais mes prénoms plus ou moins par affinité et à partir de leur sens, souvent issu du grec ou du latin. Mais non seulement, dans cette dystopie, les personnages se sont multipliés, mais j’ai de plus été confrontée à une autre difficulté toujours non résolue : qui dit « autre monde » dit « langue différente » et donc « prénoms différents ».

Les noms des personnages

say my name
HEISENBERG, THE ONE WHO KNOCKS !

Pour choisir les noms des personnages et des lieux dans Les Fourches, j’avoue avoir cruellement manqué de temps. L’idéal aurait été de pouvoir bâtir une cohérence entière, non seulement entre les noms propres mais aussi avec certains noms communs, à la manière de Game of thrones, mais moi je n’ai pas de quoi payer des gens pour inventer des langues telles que le Dotraki. Et comme la question des noms est secondaire pour moi, je n’avais pas envie d’attendre de pouvoir nommer tout un chacun avant de me lancer.

Ainsi, quelques prénoms ont été choisis selon des critères esthétiques : je les trouvais très beaux, et ils ont remplacé d’autres prénoms d’abord donnés aux personnages pour une simple question de repérage. C’est le cas de Lysandre (qui s’appelait auparavant Maxime) ; de Kaël, qui a d’abord été un personnage sans prénom, ou encore d’Alistair. Héliä se nommait auparavant Elise, mais a changé de prénom en même temps que les autres. Je souhaitais que les personnages aient des prénoms plus atypiques : ce fut ainsi qu’elle hérita d’Héliä, ce qui à la fois faisait sens car le Soleil (Hëlios, Hël) tient un rôle important dans la culture d’Edistyä et me permettait de rester proche du prénom de la personne qui a à l’origine inspiré la création de ce personnage. De même, la multiplication des tréma, et aussi du y (Edistyä, Héliä, Elör, Layla, etc.), à travers les différents noms, permettait de créer une certaine cohérence. Certes ce n’est pas aussi bien que de créer une langue à part entière, mais cela me suffisait sur le moment, et je m’y suis faite depuis.

D’autres prénoms ont été choisis en fonction de leur sens, notamment religieux. J’ai essayé de piocher dans toutes les cultures, puisque, vous le savez, Edistyä a connu une religion différente de celles que nous connaissons. C’est ainsi que furent nommés Josef (qui s’écrivait d’abord avec un -ph), Odin (du grand Dieu nordique), Isaac (dans la Bible, le fils d’Abraham, rescapé du sacrifice demandé par Dieu) et Daniel (également dans la Bible, il s’agit d’un prophète capable d’interpréter les rêves). Le prénom du frère d’Héliä,  Jonàs, même s’il existe également un personnage de ce nom dans la Bible, a davantage été choisi pour son sens étymologique : « colombe ». Je serais volontiers allée piocher plus loin encore, mais j’avais peur de faire trop disparate en termes de sonorités : l’état d’Edistyä étant fermé depuis 2120, il s’est naturellement renfermé sur sa propre culture. Ceci dit, certains prénoms sont irlandais, d’autres français, etc.

Enfin, certains ont été choisis pour leurs sonorités, qui m’inspiraient tel ou tel sentiment qui correspondait à ma vision du personnage : c’est le cas des membres du CDO et du nom de famille d’Isaac : Guillaux, mélange de « billot » et de « guillotine », et entrait en contradiction avec le sens de son prénom. Thomas est pour cette même raison devenu Tomàs. Son nom est néanmoins également signifiant : dans la Bible, c’est celui qui doute de la résurrection du Christ. Et non je ne choisis pas tous mes prénoms dans la Bible : en général, je les choisis d’abord et, quand je cherche ensuite leur sens pour voir s’il correspond à ma vision du personnage, je découvre souvent que bon nombre d’entre eux en sont tirés. Enfin, Chloris désigne la déesse des plantes, épouse de Zéphyr. Pour le coup, cela n’a rien à voir avec la personnalité de la mère d’Héliä. J’aimais la sonorité qui fait artificiel et rappelle le chlore.

Certains prénoms restent très instables et seront certainement vite amenés à changer. C’est notamment le cas des personnages très secondaires, par exemple ceux que l’on rencontre à Alias – comme Bastien, que vous découvrirez bientôt ; ou encore Layla, l’amie de Kaël. Je cherche encore un nom précis pour désigner la Milice du gouvernement.

Les noms des communautés

 

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DARK WILLOW. Tente pas de le cacher.

Mais Les Fourches, non contentes de me faire suer à trouver des noms de personnages, requerrait en plus des noms de communautés, et ça n’a pas été simple non plus ! Aujourd’hui encore, j’en suis parfois très insatisfaite, mais je me dis qu’ils évolueront peut-être une fois le roman terminé, et une fois que je saurai où mes personnages m’emmènent exactement.

Ainsi, Onironautes et Psychonautes sont des noms assez lisibles, construits sur la même base. Les premiers marchent dans le rêve et les seconds dans (ou plutôt sur, en réalité) l’esprit. Les Incubes (ou Refouleurs) sont ainsi nommés par auto-dérision : en réalité, ils ne se sont jamais eux-mêmes nommés ainsi, mais ont fini par adopter ce nom qui leur a d’abord été donné par la basse-population (les Incubes sont le pendant masculin des Succubes, des créatures de cauchemars moyenâgeuses qui fécondent les gens dans leur sommeil). Il en est presque de même pour les Hérétiques, nommés ainsi quant à eux par les Onironautes. Les « cauques », de leur côté, tirent leur nom d’une déformation toute personnelle du mot « cauche », terme d’ancien français désignant tout simplement le cauchemar. Il nous reste Alias, communauté pour laquelle je suis pour l’instant tout à fait incapable de trouver un véritable nom. « Alias » signifie bien entendu « autrement appelé ». Pour moi, Alias abrite la communauté des « Autres », je trouvais intéressant d’utiliser ce mot comme un nom, alors qu’habituellement, il sert à en précéder un.

 

Les noms des lieux

 

beyonce
On préfère oublier l’époque où t’étais pas solo, Queen B.

Je vous ai déjà parlé des noms de lieux inspirés par ceux des grandes entreprises (Bogus-Bouygues). Leiko, le nom de la capitale, a été choisi pour ses sonorités, toujours dans l’idée de construire un semblant de cohérence avec des sons -i et des tréma. Edistyä, qui n’échappe pas à cette règle, signifie « progrès » en suédois. Il m’est arrivé fréquemment de prendre un mot français, de regarder comment il se traduisait dans d’autres langues et de choisir selon les sonorités, quitte à en changer quelques-unes. Ainsi, « Satyä », la cité des Artistes, est un mot sanskrit signifiant « vérité » : ceux qui y vivent la surnomment d’ailleurs « la cité de vérité ». « Cauquasia », l’endroit où se regroupent les Hérétiques, a un nom assez transparent, tiré de l’adjectif « caucasien ». En tant que terme anthropologique, je sais qu’il a été créé pour désigner une certaine évolution du crâne. Je ne sais honnêtement pas pourquoi je l’ai choisi. Peut-être changera-t-il, mais sur le moment je trouvais que ça sonnait bien, ça me faisait aussi penser à « cocagne ». Kahyal, mentionnée pour la première fois dans l’épisode 17, désigne la terre habitée par les Incubes, est un mot arabe qui signifie « imagination ». Il s’agit également d’un style de musique indien (mais rien à voir, pour le coup).

Voilà, je crois que j’ai un peu fait le tour du sens des noms dans Les Fourches caudines. Mes premières recherches, il y a deux ans, étaient beaucoup plus détaillées : les prénoms d’Isaac et de Daniel notamment, sont loin d’avoir été choisis au hasard.

Si vous galérez à trouver des noms pour vos personnages ou vos lieux, je n’ai pas de solution miracle : je parcours beaucoup de dictionnaires des prénoms, de dictionnaires de traductions, j’utilise certains noms célèbres, je me repose parfois sur les sonorités et n’hésite pas à mélanger plusieurs mots… Une technique empirique comme une autre, ma foi !

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SLIM SHADY (comme ça tu vas l’avoir dans la tête toute la soirée)

A bientôt !

AM/Lil.

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