Les Fourches caudines – Episode 21

shauna finn oiseau mort.jpg
Shauna Finn, Dead Bird.

 
 

 

 

 

A des centaines de kilomètres de là, une nuit, Daniel avait ouvert les yeux, mis du temps à reconnaître son reflet sur le verre. Il avait constaté qu’il portait pour tout vêtement des couches de peinture fraîche, et trouva ainsi l’explication imparable de ces matins où il se réveillait couvert d’arc-en-ciel muets. Ses yeux s’étaient posés sur la toile qui lui faisait face : on y distinguait clairement l’ombre d’un oiseau, mais d’un oiseau abattu en plein mouvement, ses plumes déchirées et violentées par un vol trop vertical pour être habituel.
Il avait mis quelques secondes à réaliser que l’instant d’avant, il dormait encore ; et quelques autres pour comprendre qu’en pleine crise de somnambulisme, il avait peint un rêve ; ou, plus vraisemblablement, un cauchemar.
Puis il avait regardé plus loin dans le miroir, et avait surpris Tomàs, assis là, tout aussi ahuri que lui. Ce ne fut qu’en lisant le visage de son ami qu’il comprit : au regard des Onironautes, il commettait un crime – l’art libre- ; il posa enfin les yeux sur sa propre nudité, qui lui fit inexplicablement honte : il était soudain le petit vers nu à la tête transpercée, se balançant au bout d’un hameçon, comme dans ses vieux livres de contes.
Tomàs avait l’air encore plus gêné que lui, et ce fut ce qui permit à Daniel de limiter sa colère à la vue de son seul ami, assis dans un coin de la pièce, en train de l’espionner.

A présent, Daniel se vengeait et épiait Tomàs à son tour ; Tomàs l’onironaute, le dormeur fidèle ; et, il n’aurait su l’expliquer, mais debout les bras ouverts, le visage offert à la contemplation, Tomàs paraissait en tout point différent. Sans nul doute : si Daniel l’avait, quelques mois plus tôt, retrouvé dans cette position-là lors de son arrivée à Oniria, il ne l’aurait jamais reconnu. Toujours l’image de l’artiste qu’il avait été restait accrochée à lui comme une peau morte ; sauf dans cette position de prière qui faisait de lui un autre homme, sur lequel Daniel n’avait semble-t-il aucune prise.
Debout au milieu d’un temple aux Nephilim, en aparté dans un coin de la ville et à moitié désaffecté, Tomàs priait à demi-mots ; il priait pour son ami en invoquant l’esprit des créatures tombées de l’autre côté du songe, rassemblant dans un même cœur palpitant tous les déchus de l’Histoire mythique et réelle, pour l’offrir en calice aux lèvres de Daniel, qui s’éprit un instant de cette vision.
Oui, Tomàs priait si fort qu’on ne le reconnaissait plus ; mais il priait pour Daniel. Oniria pouvait imprimer ce qu’elle voulait sur la peau de cet homme-là, lui faire coudre des kilomètres de paupières ; au fond de lui, Daniel aurait toujours la place privilégiée. Tomàs était son dernier allié, son seul allié, maintenant qu’il était sans nouvelles de Monsieur Guillaux, qui ne l’avait pas retenu dans son exil – puisqu’il s’était probablement enfui lui-même. Comme lorsqu’ils étaient enfants, Daniel n’avait que Tomàs auquel se raccrocher, et cette image le rassura, lui parut immuable dans un monde où tout partait à vau-l’eau.

Lorsque Tomàs avait surpris Daniel dans son sommeil, il s’était excusé, puis expliqué : il l’avait vu une nuit, par hasard, mais il n’avait rien dit, à personne, promis ; il était juste revenu le voir, pour savoir ce que ce rêve voulait dire, pourquoi il paraissait pour Daniel si difficile à représenter malgré son talent. Car, en effet, chaque nuit, Daniel avait peint un nouvel oiseau, tantôt abattu en plein vol, tantôt s’écrasant sur le sol, tantôt simplement démembré, les ailes gisant loin de son corps chétif : jamais il n’avait poursuivi la même œuvre, approfondi la même toile.
De fait, Tomàs avait découvert un Daniel en difficulté. Les premières fois, il avait eu envie que son ami échoue, il avait jubilé de chaque nouvelle tentative. Mais après quelques soirées passées à tuer et tuer encore, nuit après nuit, le petit cotinga, après avoir vu l’oiseau agoniser de toutes les manières qui lui semblaient possibles, Tomàs finalement s’était agacé : que cherchait Daniel ? Et surtout, pourquoi ne le trouvait-il pas ?
L’évidence lui était revenue lorsqu’un soir, il avait osé sortir du canapé pour se poster à côté de la toile, tout près de Daniel qui en était à trainer son corps entier sur des hectares de lin, blanc ou coloré, neuf ou mité. Le regard vide et circonspect du peintre aux oiseaux semblait chercher quelque chose à l’orée de la toile ; il n’y déposait pas simplement la peinture, il y creusait. C’était comme si, une fois répandue, la matière devenait monde à part entière, et qu’il était possible d’y plonger ou de l’escalader. Daniel voyait sans doute au-delà de cet horizon blanc ; et tous les rires que Tomàs avait eus jusqu’alors ne semblèrent plus que d’autres preuves de sa propre médiocrité.
L’Onironaute n’en toucherait jamais un mot, mais il avait compris ce soir-là que son rôle était de suivre Daniel.

Daniel s’était rhabillé, à même la peinture et, menaçant de mettre Tomàs dehors pour s’éclaircir les idées, il avait entendu l’espion balbutier :
« L’oiseau mort, c’est grave. Tu le sais.
Profundis avait émis un chant s’élevant soudain comme celui des violons que Daniel entendait parfois, en pleine nuit, s’enorgueillir dans les rues artistes comme quelqu’hymne ancien.
–  Il faut que quelqu’un te surveille, pour ta sécurité.
–  Ne sois pas ridicule, avait dit Daniel en repliant la toile qui n’avait pas eu le temps de sécher. Tu sais que je suis obsédé par les oiseaux depuis tout petit, cela n’a rien à voir avec vos superstitions.
– Même sans parler de cela, avait ajouté Tomàs qui maintenant se débattait contre son ami, qui cherchait à le conduire vers la sortie. Tu sais bien que ça a un sens…Ca a toujours un sens ; la différence, c’est seulement où on le cherche… Mais ce sens existe, à l’extérieur de nous, ou en nous ; il est là. Ne veux-tu rien savoir de ces oiseaux ? D’où ils viennent ? Où ils vont ? Pourquoi ils meurent ?
Daniel avait eu un mouvement de recul et avait considéré Tomàs pendant quelques secondes. Ce dernier avait l’air vraiment sincère. Alors l’artiste l’avait saisi par le col sans prévenir :
– Pourquoi faut-il toujours que les choses aient un sens, avec toi ? Tu ne peux pas simplement comprendre que je suis venu là parce que j’ai besoin de toi ?
Tomàs s’était violemment dégagé de l’emprise de Daniel pour désigner le rouleau de toile maladroitement entassé sur le sol.
– Tu sais de quelle couleur il est, cet oiseau ?
Daniel avait lâché le bras de son ami et s’était tourné à son tour vers le tas de lin blanc.
– Tu l’as vu ? avait-il demandé, suspicieux.
– Oui, plusieurs fois. J’ai caché les toiles, les dessins, je les ai cachés pour qu’on ne te surprenne pas, j’ai surveillé pour qu’on ne te surprenne pas.
Tomàs avait ce regard des nuits fauves, quand il fallait enterrer les œuvres, par précaution, verrouiller l’atelier de ses sœurs, éteindre toutes les lumières, faire comme si l’on était absent ou mort.
– Comment est-il ? avait risqué Daniel, curieux soudain, non tant des origines et des destinations que des nuances qu’on trouvait entre les deux.
– Il est bleu. Comme Profundis, avait confessé Tomàs. Je crois qu’il a un ventre rouge, mais je ne suis pas certain…A cause…A cause du sang…
Daniel s’était alors tourné vers le cotinga, qui chantait toujours dans sa cage, et avait été saisi d’une inquiétude comme remontée du fond des âges, d’un temps d’avant le premier songe.

 

Les deux amis passèrent des heures au fond des vieilles bibliothèques englouties. C’était étrange, toutes ces pages qui charriaient des odeurs, des souvenirs de vies entières, que d’autres avaient tenues en main avec les mêmes questionnements, avec peut-être plus de réponses qui s’étaient perdues en chemin. Daniel caressa la reliure de cuir. Le sol trembla sous ses pieds et des exhalaisons d’égout remontèrent soudain dont ne savait où.
Tomàs revint vers lui, un livre dans chaque main, sa toge resserrée autour de sa taille, pour ne pas gêner ses mouvements.
– D’après ce que j’ai trouvé aujourd’hui, expliqua-t-il sans lever les yeux de ses ouvrages, l’oiseau est de bon augure car dans la réalité comme dans les songes, il a longtemps servi de repère pour indiquer l’aube et le crépuscule. Toutes les créatures volantes, de manière générale, sont appréciées ici. Elles vont librement entre le jour et la nuit, entre la terre et le ciel. Rien que je ne savais déjà…Que nous ne savions déjà… conclut-il, dépité, en refermant brutalement le livre ouvert sur ses genoux.
– Et donc l’oiseau mort est un mauvais présage, soupira Daniel en reposant son propre volume sur sa pile. Rien de nouveau, donc.
Tomàs posa sur lui un regard lourd de non-dits. Daniel se secoua. Mort, l’oiseau devenait symbole de perte, d’asservissement, promesse de ne plus voir le soleil se lever et de confondre les cauques et la réalité : il n’y avait pas plus néfaste. Ils l’avaient lu et constaté, des centaines de fois, dans des centaines d’ouvrages. Quand bien même les justifications pouvaient diverger, la conclusion restait la même. Aucun livre n’avait offert une autre vision des choses. Même les Incubes avaient fait du martinet un élu.
– Il y en a d’autres, des animaux que je dois éviter de peindre, comme ça ? essaya le jeune artiste, dans un rire complexé.
– Oui, répondit Tomàs en fouillant dans les livres éparpillés au sol. Le cheval.
Il montra un dessin. Daniel et lui n’avaient que très rarement vu un vrai cheval.
–  Le cheval est un mauvais présage aussi, réexpliqua Tomàs.
– Pourquoi ? demanda l’artiste, à la fois avide de ce que son ami pouvait lui apprendre, et complètement désabusé de la tournure que prenait les événements. C’est un cours pendant lequel tu étais réveillé, au moins ?
– Très drôle, ponctua cyniquement Tomàs. Je te signale que je ne m’étais jamais endormi en cours avant que tu ne viennes chambouler mon existence studieuse. Mais tu as raison, ça ne me dit pas grand-chose. Ce n’est pas normal, j’ai l’impression que c’est important… Mais il n’y a presque aucun livre sur le sujet. Peut-être que c’est trop récent.
Il reprit dans ses mains un volume resté ouvert sur le sol.
La Clef des songes laisse à penser que c’est sous la constellation Tark qu’est née cette interdiction…Tark IX fait référence à la création d’une nouvelle catégorie de cauchemars, appelée « Hécatombe »… Mais il existe autant de Clefs des songes que d’Exégètes…Aujourd’hui, on ne peut ni élever un cheval, ni en manger. Je ne pourrais pas manger un cheval, de toute façon… s’attendrit Tomàs. Mais quand on lit tous ces articles…
Il sortit une pile de livres de sous une autre pile de livres. Il semblait à Daniel qu’il les choisissait de manière totalement hasardeuse, mais non : depuis le temps qu’il était ici, Tomàs maniait les rayons de la bibliothèque comme personne, si ce n’était le bibliothécaire lui-même, quarantenaire sourd comme un pot, assisté d’un enfant de sept ans à qui revenait donc la responsabilité de « demander le silence » quand les étudiants de l’université voisine, venus prendre là leur déjeuner, commençaient à digérer trop fort.
A ce moment, le plafond de la bibliothèque s’ébranla à nouveau de quelque fête qui avait lieu au-dessus de leur tête.
– Tout tremble ici, bon sang, remarqua Tomàs.
– Et ton incubation, au fait ? demanda Daniel, qui se souvenait que son ami avait d’autres responsabilités.
– Plus tard, plus tard. » murmura celui-ci en se penchant à nouveau sur les livres humides.

Cela avait pris quelques semaines, avant de découvrir l’existence du pèlerinage. Un vieux chemin qu’il fallait rebrousser, vers l’Est et la ville de Synkre, pour retrouver les racines de l’Onironautisme. Le regard de Tomàs s’était illuminé à la découverte de ces promesses ; Daniel se plaisait à croire qu’il s’était laissé convaincre : en laissant Oniria derrière lui, il n’abandonnait rien, ou si peu.

Voilà qui expliquait que, bien qu’ayant manqué quelques incubations, Tomàs était néanmoins là, en génuflexion dans ce temple vétuste, se remémorant d’antiques batailles auxquelles il n’avait pas participé lui-même, la chute des fils du premier Songe qui désormais devaient leur enseigner un autre chemin, le sûr passage sûr de Corne.
Tomàs avait écumé tous les temples, exhumé toutes les nuances de croyances. Persuadé que les livres ne l’aideraient pas davantage, il avait délaissé la bibliothèque et s’était mis à prier avec ferveur. Daniel l’observait alors en étranger. Pour toujours, il serait, en partie au moins, définitivement insensible à ces supplications balbutiantes, aux mots qu’on murmure à demi lorsqu’il faudrait les hurler.

L’Onironaute se releva et Daniel s’écarta de quelques pas pour ne pas être découvert. Lorsque son ami sortit du temple, il se précipita sur lui comme s’il venait de l’apercevoir par hasard, et lui demanda :
« Alors, tu es fin prêt ?
– Oui, je crois, accorda Tomàs, que l’apparition brutale de Daniel ne surprit même pas.
– Tu es certain que tu veux toujours qu’on le fasse ? Tu as plus à perdre que moi.
– Oui. Non, dit son ami. Enfin, je veux dire, oui, je suis sûr ; non, je n’ai pas tant à perdre que ça. Pratiquer le sceau me manquera. Je pourrai peut-être proposer mes services ailleurs.
– Oui, pourquoi pas, admit Daniel, qui avait fini par saisir la noblesse de la tâche et des haut-le-cœur qu’elle engendrait.

Ils firent le reste du chemin en silence. Tomàs repassa chez lui, laissa ses clefs à un de ses camarades de l’université. Il était persuadé de revenir un jour. Il ignorait simplement quand.
De son côté, Daniel continua son chemin en pensant aux raisons qui l’avaient véritablement poussé à faire ce pèlerinage. L’aventure s’appelait « La route de Corne ». Personne ne la prenait plus depuis des années ; ça n’avait jamais été une vraie route, bien entendu. A peine un passage qu’il fallait soi-même dégager. Pourtant, elle avait suscité chez Daniel une image très nette et très précise, au point qu’il avait eu envie de la peindre. Comme ce fut la première fois depuis longtemps qu’il eut envie d’autre chose que d’un oiseau, il s’en était remis à la quête de sens que Tomàs menait. Cette intuition avait suffi à lui donner l’envie de partir.
En même temps, l’Onironaute et l’Artiste s’étaient regardés et avaient demandé d’une même voix :
– Tu veux bien m’accompagner ?

Les raisons pour lesquelles plus personne n’effectuait ce pèlerinage étaient criantes. Outre le déclin de la foi Onironaute, la fermeture des frontières édistyennes, les murs, les gens n’en avaient plus ni les moyens ni la curiosité.  Il était possible que les habitants d’Oniria aient aussi cultivé entre eux cette forme de paranoïa qu’engendre toujours la sédentarité, et dont le nomadisme les avait jusque-là protégés. Géographiquement, entre leurs racines et eux se tenait Edistyä ; et cela suffisait à rendre étrangers tous ceux qui leur ressemblaient.
On parlait de ces traditions différentes, de ces autres pensées. On aimait rendre hommage aux civilisations et religions disparues, exhumer ce qu’elles apportaient de connaissances, mais on ne pouvait regarder en face le miroir d’une religion vivante. Un paradoxe qui laissait Daniel, et parfois même Tomàs, au bord du dégoût, tant ils sentaient que les Onironautes abandonnaient le nectar par peur de la ciguë.
A l’idée de dépasser le mur d’Edistyä, les deux acolytes avaient l’impression qu’ils ne passeraient pas une frontière tant spatiale que temporelle. Aller vers l’Est les ramènerait au passé : et c’était ce dont ils avaient besoin depuis le début.

Tomàs rejoignit Daniel en fin d’après-midi, quelques heures à peine avant le départ fatidique. Ce dernier l’attendait. En équilibre sur le bord de la fenêtre, il tenait la cage du petit cotinga bleu, dont le ventre rouge se gonflait d’air frais.
– Je crois que c’est la dernière chose qu’ on a à faire. » murmura Daniel faiblement.
Il aimait cet oiseau, son chant nocturne qui l’avait accompagné dans toutes les nuits oneiriennes, aux solitudes hostiles. A l’exception de Tomàs, Profundis avait été le seul avec qui le jeune artiste ait ici partagé un repas. Mais l’image de ce même animal, aux ailes ravalées, au vol avorté, lui retournait l’estomac. Les marques des dents, surtout. Daniel l’avait expliqué à son ami : l’oiseau, je le vois. Dans mes cauchemars. Je le vois. Ses ailes ont été sectionnées d’un coup de dents. Mais je ne sais pas par qui, par quoi.
Puisqu’ils ne savaient pas combien de temps ils partiraient, combien de trous il faudrait creuser, combien de mâchoires observer pour retrouver l’un l’autre leur tranquillité ; puisqu’ils pourraient ne pas même revenir de leur tentative de traverser les frontières fermées de l’état d’Edistyä, il fallait relâcher l’oiseau, et lui éviter ainsi ce qui pouvait être un destin aussi bien qu’un mirage.

Tomàs et Daniel ouvrirent la porte de la cage. D’abord hésitant, le cotinga cessa de chanter et posa son regard sur les deux visages penchés sur lui. Il fit quelques petits bonds en avant, plongea sa tête dans cet air frais qu’il n’avait jamais réellement goûté, et, se préparant alors, déploya ses ailes et s’envola si soudainement dans l’immensité du monde qu’en quelques secondes à peine, les deux amis perdirent de vue son vol minuscule et maladroit.

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