Le thème du rêve

Le thème du rêve est capital dans Les Fourches et en est même l’inspiration première. C’est un sujet qui m’a toujours intéressée et autour duquel je voulais écrire. L’agencement des idées durant le sommeil, leur caractère débridé, ce que les rêves disent de nous et la fascination qu’ils ont suscitée au long de l’Histoire m’ont poussée à créer un univers où l’idée du Rêve viendrait remplacer l’idée de Dieu. Voilà comment les Onironautes en sont venus à pratiquer la religion qu’ils pratiquent.

Mais pour être à peu près crédible, il me fallait me documenter sur l’histoire du rêve, auquel on peut faire dire n’importe quoi. Il me fallait aussi garder une approche qui m’était satisfaisante d’un point de vue créatif.

Aujourd’hui, je voulais faire un petit récapitulatif des œuvres, artistiques et scientifiques, qui ont influencé, de près ou de loin, mon approche de ce thème durant la rédaction des Fourches caudines.

 

Tout d’abord, comme je l’ai dit, le rêve est un thème qui m’a toujours fascinée, depuis bien avant l’idée d’écrire Les Fourches. Par « rêve », j’entends son sens le plus restreint (quand tu fais dodo et que des images bordéliques viennent hanter ta tête) mais aussi plus large : rêve éveillé, imagination, voire univers parallèle.

Sans surprise, mon film préféré est ainsi Mulholland Drive, de David Lynch. Ce film, constitué aux trois quarts d’un récit de rêve, offre à la fois une vision très personnelle et poétique du rêve, ainsi que de multiples allusions aux diverses études, notamment freudiennes, faites à son sujet. Il raconte le désir d’une vie parfaite faisant écho à une réalité violente, faite de jalousie et de meurtres. Le monde de Lynch est éminemment onirique, et ne pas citer Eraserhead, Twin Peaks (série et film) ou encore Inland Empire serait faire preuve d’un grand manque de reconnaissance à l’artiste le plus talentueux et le plus perché de sa génération ! Voici par exemple ici une scène complètement WTF tirée d’Eraserhead, son tout premier film.

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D’autres films m’ont certainement influencée de manière inconsciente, et expliquent l’aspect très « visuel » de mon roman. Parmi eux, on peut sans doute citer La Science des rêves et Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, (nous ne sommes pas encore entrés dans les rêves de Bastien, mais en ce qui me concerne, ça pourrait tout à fait ressembler à cela) et de manière générale l’aspect onirique de tout son univers, palpable dans les différents clips qu’il a également réalisés, comme celui de « Bachelorette », de Bjork. J’ai bien évidemment vu Inception, de Christopher Nolan, il y a quelques années. Les Griffes de la nuit, de Wes Craven, m’a valu mes premiers cauchemars (hé, ça va, j’avais cinq ans quand je l’ai vu, et la simple vision de Johnny Depp dans un tee-shirt années 80 coupe 3/4 est suffisamment effrayante !) Enfin, même si ses œuvres ne traitent pas spécifiquement du rêve, l’univers onirique de Tim Burton, qui m’a bercée depuis l’enfance, travaille certainement toujours à l’arrière de mon cerveau sans que je le sache.

Après avoir eu l’idée des Fourches, en me documentant, j’ai vu d’autres films qui, même s’ils m’ont plu, ont sans doute eu moins d’influence sur mon univers. Ainsi, Brazil, de Terry Gilliam, qu’il faut voir absolument, pour son côté déjanté et pour la société dystopique et kafkaïenne qu’il dépeint. D’autres films de Gilliam m’ont probablement plus influencée, comme L’Armée des 12 singes, le merveilleux Tideland ou bien évidemment L’Imaginarium du Docteur Parnassus (Johnny Depp y est correctement habillé cette fois…)

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L’univers de Darren Aronofsky, avec Black Swan ou encore le très écrasant Mother (avec lequel la presse a été, je trouve, un peu trop vilaine), est aussi un univers qui me parle, pour sa noirceur et son côté oppressant. Par ailleurs, Mr Nobody (avec lequel la presse me parait pour le coup complètement injuste), de Jaco Van Dormael, est probablement l’un de mes films favoris.

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Enfin, en ce qui concerne les influences cinématographiques, je peux aussi citer cet autre film loufdingue qu’est Dans la peau de John Malkovich, de Spike Jonze sur un scénario de Charlie Kaufman, que je ne me lasse jamais de revoir.

Je peux par ailleurs citer d’autres films que je n’ai pas tellement aimés mais qui vous plairont peut-être et qui jouent avec les frontières entre réalités : Donnie Darko, de Richard Kelly, qui m’a moyennement convaincue, et Existenz, de David Cronenberg, par exemple (je vais me faire taper mais je ne suis jamais convaincue qu’à moitié par Cronenberg).

 

En qui concerne mes lectures d’œuvres littéraires, j’ai les mêmes goûts, sans surprise : toutes les œuvres qui vont explorer les frontières entre les différentes réalités – concrètes, psychologiques, oniriques – ont tout mon intérêt. Très jeune, j’ai découvert L’Histoire sans fin de Michael Ende et, of course of course of course, Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, que j’adule à un point inimaginable. En avance sur son temps, ce roman explore le territoire du rêve avec créativité et pertinence, faisant le portrait du rêve comme territoire privilégié de l’imagination et des espoirs d’enfance. Par ailleurs, les œuvres de Lovecraft, qui aborde souvent le thème du rêve et celui du cauchemar, ont longtemps été mon livre de chevet. Pour ne citer qu’un recueil, je dirais Par-delà le mur du sommeil. L’univers de Kafka est aussi un univers que je qualifierais d’onirique, et qui m’a fortement marquée lorsque j’ai découvert Le Procès, à seize ans. Le roman de Serge Brussolo, Le Syndrome du Scaphandrier, que j’ai lu récemment, raconte l’histoire d’un homme capable de plonger dans ses rêves pour en rapporter des objets – idée qui a certainement profondément marqué Héliä. L’amour inconditionnel que je porte par ailleurs à Chuck Palahniuk ou Bret Easton Ellis n’étant plus un secret puisque je le crie sur tous les toits, je me permettrai malgré tout de citer ma lecture récente de Lunar Park, de Bret Easton Ellis, qui, bien qu’il ne traite pas du rêve « endormi », aborde le rêve éveillé, entre imagination et hallucination, avec brio. Ce qui en fait, paradoxalement, une extraordinaire autobiographie.

 

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Le Procès d’Orson Welles, adapté de l’oeuvre de Kafka. La team Bac 2006 sait de quoi je parle ! 😉

 

Et je ne peux pas ne pas citer, en ce qui concerne la création picturale, les œuvres de Magritte et, bien évidemment, celles de Salvador Dali, mon peintre préféré. Plus globalement, le discours que les Surréalistes tiennent à propos du rêve (proche de celui de Freud, mais en insistant sur le réservoir de créativité qu’il représente), me sied tout à fait, et Nadja de Breton est un autre roman qui m’a marquée, tout comme le court-métrage Un Chien Andalou de Luis Bunuel.

 

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Rêve causé par le vol d’une abeille autour d’une pomme-grenade, une seconde avant l’éveil (1944)

 

 

Ceci dit, je ne pouvais pas m’arrêter à des « univers oniriques », et il me fallait aussi me documenter scientifiquement. Après m’être renseignée sur ce que l’on sait globalement du fonctionnement du rêve et du rêve lucide grâce aux internets (et on ne sait pas grand-chose, finalement), je me suis tournée vers des travaux plus spécialisés. Je suis d’abord retournée aux origines et ai compulsé les passages de la Bible et du Coran qui parlaient du rêve, et qui m’ont offert quelques références pour bâtir La Clef des Songes, la « bible » des Onironautes, certains récits de rêves des Exégètes ayant précédé Josef, ainsi que certaines fêtes et traditions religieuses. Je me suis également renseignée sur le folklore du rêve : c’est ainsi que le cheval, dont la consommation a été interdite par Tark IX, a fait son entrée dans le roman. Le cheval a en effet longtemps été considéré comme un animal de cauchemar (le « mare » de « nightmare » signifiant à l’origine « cheval »), vision que l’on retrouve dans le célèbre tableau de Füssli :

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Le Cauchemar, de Füssli.

Le fait que les Refouleurs s’appellent entre eux les Incubes (c’est la grosse bête moche qui « dort » sur la dame) vient aussi du folklore moyenâgeux.

 

Le Sommeil et le Rêve, de Michel Jouvet, m’a apporté de nombreux éléments pour comprendre en partie les manifestations physiques du rêve et son fonctionnement scientifique, m’enseignant pas mal de vocabulaire technique que l’on retrouve dans la bouche des Psychonautes. Il m’a aussi permis de bâtir les différents troubles punis ou célébrés par les Onironautes au sein de leur religion, et les différentes « tortures du sommeil » que nous aurons l’occasion de découvrir plus tard… J’en ai également appris davantage sur l’histoire du rêve à travers les siècles. Par exemple, saviez-vous que les Fellahs, une communauté du delta du Nil, s’enrobent la tête d’un turban pour ne pas que leur « âme » (et donc leurs rêves) ne s’échappe de leur corps ? C’est fou ce qu’on apprend.

Puis je n’ai pas pu y couper, il m’a fallu entamer l’indigeste pavé de Freud, L’Interprétation du rêve. Je vous avoue ne pas avoir tenu jusqu’au bout (même avec Sur le rêve, sa version light), mais j’ai pu y piocher quelques idées. Heureusement, j’ai mis la main sur un autre livre qui m’a été très précieux et qui résumait bien la pensée de Freud, entre autres : Les Nuits savantes, de Jacqueline Carroy. Ce dernier a été une vraie mine d’or pour synthétiser les différentes approches que l’Histoire a adoptées face au rêve. L’idée du nocturnal -le journal des rêves tenus par les Onironautes et Héliä-  vient directement de là, ainsi que certains éléments du rêve récurrent d’Héliä. Enfin, en ce qui concerne le rêve lucide, rien ne vaut les travaux du maître en la matière, à savoir Stephen LaBerge, et entre autres, son livre S’éveiller en rêvant, sans lequel Héliä ne serait que la moitié d’elle-même. Sur le phénomène d’inception (qui existe bel et bien, au-delà du film de Nolan), j’ai sous la main Inception : Rêve, sommeil et manipulation, mais je ne l’ai pas encore ouvert, comme bien d’autres livres.

Pour terminer, j’ai découvert un site internet très précieux, qui m’a offert quelques idées de songes : reveclub.org, où des gens comme vous et moi viennent partager des récits de rêves, sous forme écrite ou vidéo. C’est fascinant.

Il me reste sur ma liste de nombreux livres à lire, et tout ce que j’y ai repéré n’a pas encore été intégré dans Les Fourches (parce que c’est bien beau de se renseigner mais écrire c’est bien aussi). N’hésitez pas si vous avez d’autres choses à me conseiller ou si vous voulez partager une opinion concernant les œuvres que j’ai citées !

Et rassurez-vous, aucun des tomes des Fourches caudines n’est prévu pour se terminer par un : « Oh, tout cela n’était qu’un rêve ! » 🙂

AM/Lil.

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