Les Fourches caudines – Episode 42

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Source : Wikimédia commons

(Mes excuses pour le retard, je ne peux pas faire plus à chaud dans l’écriture, je n’avais plus aucune avance ! L’épisode de la semaine prochaine sera plus long, avec un gros morceau de rebondissement dedans.)
 

 

La cicatrice sous l’arcade était achevée. Il avait fallu moins de deux jours.
On distinguait encore, sur la gauche de la mâchoire, un hématome vert translucide.
Les yeux étaient légèrement cernés ; on le lui signala. Il avait pris du poids, notamment dans les épaules.
La peau du visage, rougie, était fraichement rasée.
Les pectoraux étaient fermes et en forme.
La lumière blanche ne révéla aucun dépôt de lipides ; la lumière UV ne trouva pas plus de défaut d’alimentation.
La peau du corps était fraichement lavée ; le pouls, stable.
Il souffla sur la surface de verre : en dépit de toute sensation, l’haleine pure ne trahissait l’utilisation d’aucune substance illégale.
Son regard était déterminé ; mais cela, il le sut sans avoir à regarder le miroir.

Lysandre était sain.

Cependant, l’épaisse tignasse qui surplombait sa tête ne voulait toujours rien entendre et se dressait sur son crâne comme une provocation. Alors il prit des ciseaux, en jeta des coups par-ci par-là, dans une vaine tentative d’homogénéiser le tout.
Lysandre n’avait besoin de personne pour avoir confiance en lui. Oui, il faisait des erreurs, il en avait fait. Mais quand on se retourne sur le chemin de la réussite, il n’est pavé que de cela, d’erreurs. Et puisqu’il lui fallait être sain pour sa cause, c’était que celle-ci ne pouvait être que bonne.

Son pouls accéléra légèrement : le chiffre grimpait sur la surface lisse. Lysandre éteignit l’appareil et, sans les multiples notifications pour clignoter sur le verre, il eut l’impression de ne pas reconnaitre celui qui lui faisait face.

Lysandre était sain.

Il quitta la salle de bain pour se rendre dans son salon, attrapa au passage son écran liquide. Parmi les nouvelles d’Edistyä, on trouvait : une déportation d’une centaine d’artistes vers la zone-nord de Leiko, un énième complot sur l’anéantissement des Onironautes -ils étaient encore en vie, ceux-là ? -, vingt-et-un nouveaux cas de suicides – trente-deux selon d’autres sources-, le rachat du quartier de Nessé par les Psychonautes ; on mentionnait Papel, la plus grande école de Leiko – qui comptait quelques privilégiés – et sa victoire à la douzième saison de « Mon cerveau, les autres et moi » ; la rumeur était lancée du retour des « Fourches caudines », et l’élection à venir du prochain président, pour laquelle les citoyens étaient appelés à donner leur accord en ligne, approchait.
En quelques mots, rien de neuf.

Par réflexe plus que pour autre chose, Lysandre cliqua sur l’article qui recensait les récents cas de suicides : le nom d’Héliä ne figurait nulle part, quelle que fût la source. Le jeune homme savait qu’il surinterprétait, bien sûr, lorsqu’il se convainquait que cela signifiait qu’elle était saine et sauve. A présent, elle pouvait disparaitre sans que l’Etat ne le sache jamais. A peu de choses près. Cela le rassurait néanmoins de ne trouver aucune notice nécrologique accrochée au nom de celle qu’il devait, pour son bien, oublier.

Lysandre reporta son attention vers l’article : les vagues de suicides, associées à la baisse de la natalité, l’inquiétaient profondément. Elles trahissaient un manque de confiance en la civilisation. Prenez-le lui-même par exemple : il avait souffert de grandir enfant unique, mais il souffrait encore davantage de voir que ceux censés vivre ensemble se conduisaient comme des parasites. Lysandre ne supportait pas l’idée que l’on puisse prétendre vivre au sein d’une nation sans pour autant l’aider à se bâtir. A l’époque où ils se construisaient des maisons, les gens n’étaient-ils pas prêts à sacrifier quelques plaisirs ? Pour acheter une nouvelle voiture, plus agréable et plus moderne, il y avait bien un prix ? Alors pourquoi les Edistyens rechignaient-ils lorsqu’il s’agissait de contribuer à construire leur maison à tous : la patrie ? Elle aussi requérait sacrifices et autres rénovations. Si nous vivions dans le sein d’Edistyä sans prendre soin de ce dont elle nous entourait, n’étions-nous pas que des bactéries, des infections, des cancers ?

Edistyä ne disposait pas de miroir pour lui dire si elle était saine.

Il était difficile pour Lysandre d’envisager qu’Héliä puisse faire partie des parasites. Elle demeurait quelque part l’adolescente qu’il avait connue : belle – même si son vocabulaire s’était grandement amélioré, il n’avait toujours pas d’autre mot pour désigner cela ; brillante, comme elle l’avait toujours été. Il n’avait pas eu l’occasion de lui reparler pour constater que son intelligence était demeurée intacte, mais il le savait presque d’intuition. Si elle avait régressé, c’eût été comme une trahison. Héliä avait mis son cerveau au service d’une autre cause que la sienne, à lui, mais il aurait été stupide de considérer que pour cela, elle avait tort. La juger n’aurait fait que lui donner raison – et Lysandre, voyant qu’il aurait dû être couché depuis seize minutes, mit en veille son écran liquide.

 

 

 

 

Tomàs continuait de courir, avec son sac qui lui brûlait l’épaule droite, avec Daniel qui lui glissait sur l’épaule gauche, avec ses chaussures qui ne le portaient plus ; il continuait de courir alors qu’il savait qu’ils ne risquaient absolument rien.
Quand il avait compris qu’ils se trouvaient par erreur dans un marché aux esclaves, Tomàs avait saisi Daniel, l’écume aux lèvres, et s’était dirigé vers la première porte qu’il avait aperçue. Un homme s’était approché de lui, lui avait demandé s’il voulait de l’aide, avait ajouté qu’il ferait mieux de passer la nuit sur place, et de partir au matin.

Alors la réalité sembla lui éclater au visage : ceux qui se vendaient sur ce marché le faisaient corps et âme ; ils n’étaient pas contraints. Ceux dont les handicaps étaient superficiels pouvaient encore espérer trouver un contrat de travail, même informel. La génération des pucés trouvait aussi des acheteurs ; mais c’était plus souvent ceux qui avaient un membre de titane qu’on prenait. Ce n’était pas les prothèses dernier cri, que vous n’auriez pas distinguées de la chair ; c’était un membre de ferraille s’exhibant sous les vêtements, mais ça faisait l’affaire.
Il était probable que dans la langue qu’on parlait ici, « marché aux esclaves » soit une très mauvaise traduction. Il pouvait s’agir là de quelque chose de bien plus organisé et de moins illégal. « Zone de non-droit » signifiait peut-être simplement que l’endroit appartenait à une entreprise privée. On y troquait, contre toutes sortes de monnaie, de la main d’œuvre à moindre coût pour les nouveaux riches, un marché aux bras.

Deux autres personnes avaient repéré les manœuvres de Tomàs, et s’étaient à leur tour approchées, avaient à leur tour conseillé de dormir sur place cette nuit-là. Comme elles n’avaient su le convaincre, elles avaient offert de l’accompagner jusqu’au bout de la grande route, de là ce serait tout droit vers Edistyä, le mur était à une cinquantaine de kilomètres.
On lui avait donné un sac rempli de quelques denrées et d’une bouteille d’eau.
Tomàs avait pris le sac mais n’en était pas moins parti en courant.

C’était les cinquante premiers kilomètres à pied que Tomàs réentamait avec Daniel depuis leur arrivée à Synkre. C’était il y avait à peine quarante-huit heures et ça donnait l’impression d’avoir eu lieu trois mille nuits plus tôt. L’Artiste parvenait à tenir un peu plus sur ses jambes, mais son aspect restait tout entier misérable. Le mur d’Edistyä n’était qu’à cinquante kilomètres, certes, mais c’était un mur ! Comment étaient-ils supposés le passer ? Sans même songer à ce qui pouvait les attendre de l’autre côté…
Tomàs souleva la chemise de Daniel, qui avançait en trainant les pieds. L’artiste se laissa faire. La tâche bleue s’était étendue : elle recouvrait à présent la totalité des omoplates, et une partie des côtes gauches.

L’ancien onironaute craignait de remarcher seul avec Daniel, qui plus est dans l’état où il était. Tomàs ne voulait pas avoir à penser. Car marcher, c’était inexorablement penser qu’ils venaient juste de faire ce même chemin, si peu de temps plus tôt. Il leur avait alors fallu des mois ; des mois qu’à présent ils détricotaient en une poignée d’heures. Il y avait bien longtemps qu’on ne marchait plus d’un pays à l’autre : les kilomètres s’avalaient en apesanteur. Peut-être que ce qu’il y avait eu de plus religieux dans leur pèlerinage, c’était cela : la marche.
Etrangement, Tomàs avait l’impression de voyager plus léger – et les pensées menaçaient de s’amonceler en lourds bagages dans un coin de sa tête. Son toc secoua son visage : cinquante kilomètres, c’était long. Et bientôt Tomàs pensait, à vide, avec des idées qui couraient en tous sens entre les murs de sa boite crânienne. Ils les chassaient d’un mouvement qu’elles imitaient pour revenir, et bientôt le concept même d’« idée » lui sembla d’éther.

L’idée, l’« Eureka » n’arrive pas d’un seul coup. On croit ça : on croit qu’on va à travers la vie et que, soudainement, on va être éclairé d’une lumière qui lui donnera un sens. Mais l’Idée n’arrive jamais à l’improviste. Non : celle qui déterminera la teneur de votre vie, vous l’avez toujours eue ; il est même probable qu’elle soit née avec vous. Elle arrive sans tambour ni trompette, au contraire : elle se fond au décor, mute, change. Elle évolue, exactement à la manière d’un parasite. Un parasite jaloux – car si vous ne lui accordez pas assez d’attention, il est fort probable que ce soit elle, l’idée même que vous considériez comme votre idéal, qui vous mène à l’autodestruction. Et le pire dans tout cela serait qu’au dernier moment, vous sachiez enfin n’avoir œuvré qu’à votre fin.
Cela, Tomàs le comprenait à présent qu’en marchant, portant Daniel sur son épaule depuis des kilomètres, son idéal se délitait en pixels, au souvenir de ce qu’il avait découvert la veille. Le sens de la vie de Tomàs, c’était précisément qu’elle n’en avait plus, ou pas du tout. Ses errances d’enfant, son incapacité à surpasser Daniel qui pourtant lui répétait être moins extraordinaire que lui, le fait qu’il ait pu confondre une épidémie avec une révélation, le fait-même d’utiliser ce terme de « révélation » pour ne pas avoir à assumer l’autre, qu’il sentait bien plus juste et vrai ; tout cela prouvait désormais que non seulement Tomàs ne s’était jamais donné les moyens d’être heureux, mais n’ayant probablement jamais souhaité l’être véritablement, il avait passé tout son temps à détourner le regard. Ce n’était pas pour rien que seuls l’Art et la Religion furent à ce point gorgés de récits d’énucléations.
Tomàs se souvint alors des fois où il avait senti, dans son songe, la lumière chauffer derrière ses globes oculaires. De la force avec laquelle elle poussait pour les exorbiter, pour rayonner pleinement enfin derrière l’os. N’était-elle pas une part de lui, cette lumière ? N’habitait-elle pas déjà son corps, prête à exploser aux yeux du monde, prête à faire de lui un génie, pour que cesse enfin une vie de privations, de morts avortées, d’anticipations déçues ?

Ils marchèrent jusqu’au matin et, avisant la vaste étendue déserte qui entourait Edistyä, ils résolurent de patienter à l’abri d’un vieux café désert au toit effondré. Ils passèrent la nuit derrière le comptoir : Daniel avait de plus en plus froid, son dos était presque entièrement bleu et ses épisodes de démence se rapprochaient. Tomàs trouva dans la cave une bouteille d’alcool synthétique qu’il lui fit avaler pour le calmer. Tous deux finirent par s’endormir et la lumière du jour ne les gêna nullement.
Ils repartirent à la nuit tombée, après avoir repris des forces, si l’on pouvait dire. La batterie des chaussures de Daniel était à plat et de nouveau Tomàs l’avait chargé sur son épaule. Ils ignoraient combien de temps il faudrait marcher encore : vingt kilomètres jusqu’au mur, et ensuite ? Combien d’autres pour y trouver une faille ou pour le contourner ? La nuit même ne leur offrait qu’un maigre réconfort : il y avait longtemps qu’à l’abord des villes, l’obscurité ne dissimulait plus personne. Elle n’était qu’une autre compensation superstitieuse, remontée du fond des âges, comme celle des nuits de solstices ou d’équinoxes : n’importe quelle paire de lunettes de seconde main voyait alors aussi bien dans le noir qu’en plein jour.

 

Le mur se dressa comme une aube devant eux. Il devait leur rester quelques cinq kilomètres à marcher, lorsque sa luminescence bleue vrombit doucement et, au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient, Tomàs semblait entendre un léger ronflement, entre les râles de Daniel qui, courbé, couvrait son ventre d’une main anxieuse. Etrangement, il sembla à l’ancien Onironaute que le mur était bien plus menaçant vu de cet autre côté de la frontière, et le souvenir d’Oniria bâtit en lui, contre toute attente, une sensation de nostalgie malvenue. Des espoirs s’accrochaient encore sur ses pavés, qui ne rendaient la pâleur bleutée d’Edistyä que plus menaçante.
Les derniers kilomètres parcouraient la désolation : l’Etat était bordé d’un no man’s land total, vestige du temps où l’on avait pensé construire un mur concret, de briques, composé de plusieurs ceintures de surveillance. Mais l’idée avait été rapidement abandonnée au profit d’un mur de nanomachines, infracturable, juste, et si haut qu’on n’en voyait même pas le sommet. De temps à autre, quelque lumière s’en détachait, planait en cercle sur plusieurs mètres, et revenait à sa place comme un oiseau. Depuis que ce gigantesque nid scintillant était apparu, plus rien n’avait subsisté alentour qu’une étendue déserte parsemée de quelques buissons. Les rêves des Humains avaient rendu la terre stérile, ou presque. Tomàs portait encore Daniel sur son dos et, à découvert, leur étrange silhouette s’avança vers l’écran bleu, lentement, pas après pas.

Le mur semblait grandir alors qu’ils s’en approchaient. Bientôt, le halo bleuté commença d’éclairer le sol, révélant de vieilles briques rouges enfouies sous la boue. Daniel se remit à vomir, alors Tomàs s’arrêta un moment, cherchait de l’eau dans son sac lorsque soudain, ils furent inondés d’une lumière aveuglante qui surprit même le peintre.
Tomàs leva la tête : au-dessus d’eux clignotaient l’œil rouge et menaçant d’un drone douanier.

 

L’ancien peintre repensa au milicien dont il avait fracassé le crâne en guise de légitime défense. Le visage de cet homme n’avait rien à voir avec la surface brillante et policée du robot planeur ; et pourtant : les pensées qui secouèrent Tomàs furent exactement les mêmes. La machine était-elle comme lui en train de découvrir qui il était, ou plutôt de comprendre qu’il était anormal qu’elle l’ignore ? Sous le capot, était-ce le visage de l’ancien artiste, ou celui de l’ancien Onironaute, qui se retrouvait associé à la mention « Inapte » ? Appartenir à l’une ou l’autre de ces catégories le condamnait-il ? Quelle était la dernière législation en vigueur contre les interpellations dans la zone frontalière ? Il semblait à Tomàs que même l’ancien artiste qu’il avait été l’ignorait.
La machine était-elle en train de comprendre, en même temps que lui, qu’ils étaient ennemis ? L’avait-elle déjà compris, plus vite que lui ?

Tomàs lâcha ses affaires, saisit Daniel par le bras et courut aussi vite qu’il put. Les baskets du peintre s’étaient remises en marche et elles entrainaient son corps avec elles, dans une démarche malhabile et ridicule. Le drone ne mit que quelques secondes à les prendre en chasse.

Environ cinquante mètres. C’était la distance qui les séparait d’un gigantesque buisson d’épines. Tomàs savait bien que cela ne les sauverait pas, mais, s’il pouvait l’atteindre, il serait prêt à mourir avec la simple satisfaction de s’être battu pour sa vie. Il trouvait réconfortante la pensée que leur cadavre ne pourrisse pas en plein soleil. Alors, il courut plus vite.
Un premier projectile s’enfonça dans la boue et les deux amis ne durent leur survie qu’à un sursaut impromptu de Daniel. Un second écorcha la jambe de Tomàs. Un dernier frappa le sol au moment où ils se jetèrent dans le buisson.

L’ancien peintre s’apprêtait à s’écraser au sol en tenant Daniel contre lui, sa tête contre sa poitrine – et à mourir. Son corps se préparait déjà à la mort, et au millier de déchirures que lui feraient les ronces pour la laisser entrer.
Il n’en fut rien.

Non seulement le buisson qu’ils traversèrent était holographique, mais de plus Tomàs n’eut que deux secondes pour le constater, avant d’achever sa chute quelques mètres plus bas. Sa tête heurta le béton et, lorsqu’il la releva, il constata que Daniel et lui étaient tombés dans un grand trou carré.
A travers l’ouverture, on distinguait les grands traits de l’hologramme et, en transparence, la lumière bleutée du mur. Tomàs tira Daniel contre lui, dans l’ombre, pour éviter d’être repéré. Son ami se tordit de douleur ; ses baskets, qui étaient entrées en mode urgence, s’éteignirent à nouveau.
Lorsque la lumière aveuglante s’abattit à nouveau sur eux, Tomàs protégea Daniel de son corps. Mais ils ne reçurent pas plus de balles que la première fois.

L’ancien onironaute jeta un regard autour de lui : tout puait la mort ; le cadavre d’un rat difforme pourrissait à quelques mètres de lui. Deux halos flottants le fixaient depuis l’obscurité des égouts. Ce n’était pas des drones. Ca ressemblait aux vieilles lampes solaires qu’il utilisait étant enfant.
Les deux halos dansèrent dans le noir puis s’approchèrent de lui.

« Bienvenue sous terre » déclara une voix.

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