Les Fourches caudines – Episode 50

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Tomàs ferma son sac. Il l’avait fait, défait, refait plusieurs fois depuis son retour. A chaque fois, il en changeait légèrement le contenu, et outre quelques pantalons et pulls qui demeuraient toujours au fond, d’autres objets lui donnaient plus de fil à retordre. Une autre fois – la dernière, peut-être – il avait donc contemplé le pinceau, sa toge onironaute, le GPS offert par Silàs, ne sachant quel aspect de sa vie valait le coup qu’il l’emmène avec lui, où qu’il aille désormais. Il choisit finalement de ne rien prendre de tout cela.

Le sac clos, il s’assit juste en face, sur le canapé. Sauf pour se nourrir, Tomàs n’était plus sorti de chez lui depuis l’enlèvement de Daniel, incapable de savoir où le chercher, ni même d’être certain d’en avoir envie. Depuis que des cauques l’avaient arraché à son lit, des troupes de la garde faisaient régulièrement le tour d’Oniria, interrogeaient les passants, les invectivant parfois. Mais plusieurs jours étaient passés et il semblait que l’on n’avait arrêté personne. Et même si les Onironautes avaient paru de plus en plus tendus et agressifs, aucun procès n’était venu égayer leurs jours et disperser leurs doutes. Il avait semblé à Tomàs qu’on le regardait de travers dans la rue, à cause de son lien avec le somnambule. Il avait donc préféré s’enfermer.

Même en considérant le blasphème que constituaient les œuvres nocturnes de Daniel, Tomàs ne parvenait pas à comprendre ni pourquoi ni comment les cauques avaient pu mettre la main sur lui. Et puis, ne l’avaient-ils pas finalement sauvé plus qu’autre chose ? Tomàs ne sentit jamais aussi fort à quel point la politique interne d’Oniria lui échappait.

Il se leva, jeta un coup d’œil par la fenêtre. Le ciel était clair, ensoleillé ; il invitait aux songes comme à la peinture et ne l’aida pas. Les gens marchaient vite, et seuls : cela le frappa : d’ordinaire, Oniria était prompte aux rassemblements intempestifs aux quatre coins des rues. Il fallait croire que la présence anxiogène de la garde, couplée à la menace cauque jusque-là périphérique, passait l’envie de fête aux fidèles. Tomàs s’avança vers son armoire, en sortit une pochette et vint se rassoir.

La chemise contenait des dizaines de dessins ou de photographies de dessins d’oiseaux, d’espèces, de tailles et de couleurs différentes, même si les cotingas maculata étaient les plus souvent représentés. L’ancien artiste les fit défiler sous ses yeux avec nostalgie, et sans que cela fût vraiment utile : il les connaissait tous par cœur et, avec un petit renfort de talent, aurait été capable de les reproduire de mémoire.

Il s’agissait des dessins de Daniel, ceux qu’il avait faits à l’époque de Satyä. Il avait alors l’habitude de toujours laisser derrière lui, parfois en pleine rue, des oiseaux, des centaines d’oiseaux que Tomàs traquait nonchalamment à sa suite. Lorsqu’il avait quitté la Cité de Vérité, l’ancien artiste avait dû faire un choix, ne garder que ses préférés ; mais en les contemplant ce jour-là, il pouvait se souvenir de tous ceux laissés derrière lui – et regretta alors de les avoir abandonnés. Peut-être aujourd’hui les aurait-il choisis.

Tomàs rangea les œuvres dans la pochette, voulut la mettre dans son sac, quand une puissante explosion retentit, qui lui fit perdre l’équilibre.

Couché à terre, Tomàs mit une bonne minute à reprendre ses esprits. Sa vue trouble s’ouvrit sur les dizaines de dessins répandus sur le sol. Ses oreilles bourdonnaient et plus encore, son corps entier tremblait de souvenirs stimuli : il fallut une seconde à peine et les grenades de la Milice lancées par poignées sur Satyä tambourinèrent à son crâne, le firent trembler tout entier.

Il s’approcha prudemment de la fenêtre et osa un coup d’œil : en contrebas, la rue voilée de fumée hurlait à pleins poumons. Des corps avaient éclaté sur les pavés rouges. Plusieurs personnes s’échappèrent en courant du cinéma païen qui avait ouvert au carrefour. Quelqu’un tomba à genoux sur le sol et, d’un même geste, s’ouvrit la gorge en deux.

Sans plus réfléchir, Tomàs poussa le canapé devant sa porte, l’alourdit de ce qu’il put trouver – la table, ses livres – rampa jusqu’à l’armoire et s’y enferma, recroquevillé, les mains sur les oreilles. Une seconde détonation éclata, plus lointaine. Les cris se firent bientôt moins forts, mais l’ancien Onironaute était bien résigné à attendre là le silence total avant de se risquer à quoi que ce fût. Il ne sut si cela prit une heure ou cinq, mais lorsqu’il ressortit, plus aucun bruit ne résonnait, et la rue en contrebas s’était entièrement vidée.

 

Tomàs se précipita sur son sac, mais il fut arrêté par le fleuve d’oiseaux que les dessins formaient sur le parquet. Condamnés à vivre en deux dimensions, ils semblaient vouloir s’extirper du papier, tordaient leurs ailes en direction de la fenêtre. Alors Tomàs comprit : laisser Daniel aux mains des cauques était envisageable ; l’abandonner dans une ville à feu et à sang, inconcevable.

L’ancien artiste resta de longues minutes à observer la rue, mais cette dernière demeura calme et déserte. Au loin, d’autres colonnes de fumée se dressaient, suggérant que plusieurs explosions avaient eu lieu, à différents endroits de la cité. La tour du Cénacle, intacte, dressait sur l’horizon urbain son improbable forme de champignon. Tomàs saisit sa chaise en bois et en brisa un pied : c’était tout ce dont il disposait pour se défendre. Avant d’ouvrir sa porte, il écouta longuement à travers. Il prit son sac malgré tout, ne sachant ce qui l’attendait, quand il reviendrait – s’il reviendrait.

Le bâtiment où vivait Tomàs paraissait inhabité. Les portes du premier étage étaient restées ouvertes. Les lieux, quittés précipitamment, offraient le triste spectacle de goûters ou de jeux interrompus ; les meubles avaient parfois été renversés, des fenêtres brisées suggéraient les plus terribles des spectacles. Tomàs se rendit compte que son arme de fortune tremblait dans sa main, et il attrapa quelques couteaux dans la première cuisine qu’il aperçut, soupirant à l’idée de n’y avoir pensé plus tôt.

La terreur de Tomàs se doublait de celle que devait ressentir Daniel. S’ils n’avaient évoqué que rarement les aspects les plus destructeurs de leur passé commun, ils savaient tous deux quel traumatisme ils avaient dû surmonter pour parvenir à rester humains. Daniel, toujours, avait cette phrase terrible qui mettait Tomàs hors de lui, et qu’il lui avait dite pour la première fois après une énième rafle de la Milice : « L’Humain s’habitue à tout. C’est là le drame. Un jour, nous nous habituerons au sang, aux morts, aux œuvres qu’on brûle. C’est notre plus grande faiblesse. » Tomàs aurait voulu ne jamais s’habituer à rien, ni à l’amour, ni au désir, ni à la violence, ni à la mort. Après tout, l’humanité continuait bien d’être surprise de finir par y passer, alors que crever n’avait rien d’un secret, et que Nyx n’avait jamais fait aucune exception lorsqu’il s’agissait de ramener à elle les songeurs. Tomàs ne comprenait pas comment l’on pouvait prétendre créer sans être surpris par tout, constamment.

Et pourtant, très jeune déjà, il avait su ce qu’il fallait faire pour dissimuler les œuvres, où il fallait se cacher quand frappait la Milice, ce qu’il fallait garder pour soi au sein même des Artistes, de peur des trahisons, des jalousies, des égarements. Plus tard, il s’était même habitué – et si vite – à l’état de Daniel malade sur son épaule, au point de s’endormir au sein même d’un lieu évité avec soin pendant tant d’années.

Mais alors, d’où venait cette peur d’enfant face à ce nouveau spectacle de mort et d’explosions ? N’était-elle pas une preuve qu’on ne s’habitue jamais vraiment ? Ou, au contraire, n’était-ce ni plus ni moins qu’un vieux réflexe, comme de frissonner lorsqu’on a froid ?

 

Couteau dans une main, pied de chaise dans l’autre, Tomàs avança néanmoins, sans avoir la moindre idée de l’endroit où il devait se rendre. Et s’il essayait la prison ? Elle devait être pleine de cauques qui sauraient peut-être où se trouvait Daniel. Mais peut-être ne l’aideraient-ils pas : après tout, ils étaient les meilleurs suspects pour expliquer ce qui était en train de se passer.

L’ancien artiste ne se posa pas longtemps la question : il trouva de toute façon les prisons complètement désertes, et n’eut droit qu’à un spectacle de pendus qui lui retourna l’estomac. Sur le cadavre d’un garde, il récupéra un couteau plus gros que les siens – mais plus son arme paraissait puissante, plus il se sentait ridicule.

Contenant son dégoût, il s’arrêta un instant, remarquant que le garde avait été tué d’un coup de revolver en pleine tête. Qui que ce fût qui avait entrainé cette débâcle, ils avaient sur Tomàs l’avantage définitif de la force et de la poudre.

Alors qu’il allait repartir, Tomàs fut arrêté par des gémissements plaintifs provenant de la place centrale. N’osant pas regarder où il mettait les pieds, il se laissa guider par son ouïe, et finit par remarquer le corps fébrile d’un vieil homme qui, la bave aux lèvres, se plaignait en voyelles. Il s’approcha, gardant une distance raisonnable.

« Vous allez bien ? » essaya-t-il, et l’écho de la place à moitié ravagée, couverte de cadavres, lui renvoya sa stupide question au visage. Il n’obtint pour réponse que les quelques complaintes qu’il méritait.

Le vieux avait le dos tordu, les jambes arquées, les mains recroquevillées sur sa poitrine, comme s’il avait eu une attaque. Ses yeux hagards fixaient le vide, avec une expression de terreur figée.

Tomàs laissa tomber son arme de bois et posa une main sur sa bouche. Deux larmes coulèrent le long de son visage, floutant sa vue. Cela le soulagea un instant, mais un instant seulement : oui, ce pouvait être une attaque ; mais les symptômes ressemblaient furieusement à ceux provoqués par l’usage d’un certain type d’armes. L’Asak des Artistes, qui les terrorisait plus encore qu’une mort brutale ou humiliante : l’arme psychotronique.

Ceux qui avaient réussi à échapper à la Milice après qu’elle en eut fait usage n’avaient pour la plupart plus jamais rien créé. Ce n’était pas nécessairement moteur, même si beaucoup de grands Artistes avaient régressé vers l’élaboration de petites histoires simples mettant en scène des personnages en fil de fer, qu’ils formaient péniblement de leurs mains tremblantes et enfantines. Non, ces armes n’atteignaient pas que le corps : elles entamaient la capacité à concevoir le concept d’Art lui-même, le besoin d’expression, sa nécessité. Parfois cela revenait ; souvent, non – et l’idée-même du suicide paraissait incongrue à ces pantins de chair heureux de ne pouvoir comprendre qu’ils ne l’étaient pas.

 

Tomàs fit quelques pas de plus, reposa sa question, n’obtint pas davantage de réponse. Il ne put que constater que l’Artiste en lui était mort, à cause de cela aussi : le vieillard infirme, un véritable Artiste l’aurait achevé, il le savait. Mais lui ne put s’y résoudre, et il préféra s’éloigner vers la rue de Nyx, pour continuer ses recherches.

 

Alors qu’il prenait la rue adjacente, des bruits passagers se firent entendre et Tomàs se cacha derrière ce qu’il restait d’une porte, explosée sur le trottoir. Il ne put distinguer ce que les gens disaient, mais vit plusieurs personnes chargées de sacs partir d’un pas décidé vers la rue de Nyx. Les Onironautes désertaient-ils ? En se relevant, le regard de Tomàs buta sur la porte derrière laquelle il s’était caché. Une inscription disait : « Jacob, endormeur onironaute. »

La rue était tellement sens dessus-dessous. Lui aussi, au fur et à mesure qu’il y marchait. Il ne l’avait pas reconnue tout de suite : c’était pourtant bien la boutique d’Endormeur, sa boutique pensa-t-il un instant, avant de constater que plus rien à Oniria ne pourrait jamais lui appartenir. Derrière lui, des graffitis couvraient la façade. « Yeux ouverts ». « Face à la Nuit ». « Asak ». Tomàs ne comprenait pas ; et comme si entrer là allait pouvoir lui offrir quelques secondes de répit sous la forme d’un bond dans un passé tranquille, il entra.

La partie supérieure des ateliers d’Endormeurs était toujours consacrée à l’administration et au réconfort. Lorsqu’on était occupé à coudre des paupières, on fermait l’étage, et inversement : faire ce métier signifiait être disponible pour chacun, et donc se consacrer entièrement à chacun. Les lieux avaient été investis par quelqu’un d’autre, mais avaient peu changé, les Onironautes n’étant pas friands de fioritures. Le bureau était à la même place. Les murs étaient restés blancs. Eparpillés, on trouvait des documents et catalogues pour le choix des fils et des cippes, que Tomàs feuilleta nonchalamment, pour se donner du réconfort. La qualité des fils avait baissé, remarqua-t-il : on n’en faisait plus du tout en or véritable, désormais. Les derniers modèles de cippe en pierre se faisaient aussi de plus en plus rares. Plus assez d’artisans pour les fabriquer.

La couture, quant à elle, se faisait au sous-sol, et Tomàs retrouva l’escalier presque d’instinct. Cependant, la tranquillité qu’il espérait trouver ne l’attendait pas en bas.

Des lamentations de douleur arrêtèrent rapidement sa descente, et Tomàs s’apprêtait à partir quand il se rendit compte que les gémissements, réguliers, s’arrêtaient rapidement, et devenaient à chaque fois plus brefs, parfois plus vifs.

« Courage. » dirent plusieurs voix à l’unisson, avant d’entamer les marmonnements caractéristiques d’une prière onironaute.

Tomàs continua de descendre. Habitué à ces marches, il se faisait le plus discret possible. Il poussa tout doucement la porte : une file de personnes lui bouchait la vue. Les gémissements continuaient, provenant du centre de la salle, et quelques-uns détournaient brièvement la tête, préférant regarder le sol. Soudain, Tomàs tomba à la renverse : quelqu’un avait ouvert la porte et l’attrapa par les épaules avant qu’il ne se relève.

L’ancien artiste dégaina tant bien que mal son couteau, mais en rencontrant le regard de son interlocuteur, se sentit particulièrement stupide.

– Tomàs ?

– Larsen ?! Qu’est-ce que tu fais là ?

– Chut !

Tomàs put désormais jeter un œil à ce qui l’entourait. Les gens se retournèrent, jetèrent un regard torve sur sa carcasse, et reportèrent leurs yeux sur l’Endormeur, Jacob, occupé à coudre des paupières comme il l’avait toujours fait. A une différence près : son client était bien vivant.

Le geste de Jacob était précipité, peu assuré. Il finit rapidement, et dit :

– Au suivant !

Alors Larsen se précipita vers le patient, le guida jusqu’à une chaise en glissant sa tête sous son aisselle, et lui tendit deux compresses à maintenir sur ses yeux, avant de revenir vers Tomàs. Entretemps, un autre Onironaute s’était installé sur le brancard, et poussait à son tour de petits gémissements plaintifs et réguliers.

– Qu’est-ce qui se passe ? demanda Tomàs à son ancien assistant, qui revenait vers lui.

Ce dernier l’attrapa par le bras et l’intima à quitter la pièce. Tous deux se retrouvèrent à l’étage.

Accablé de questionnements, l’ancien Onironaute continua :

– Qu’est-ce que tu fais là, Larsen ?

– C’est plutôt à toi que je devrais poser la question. J’ai toujours travaillé ici. C’est toi qui es parti du jour au lendemain.

Larsen avait grandi. Physiquement, certes, mais son assurance aussi était plus marquée. Tomàs mesura ainsi le temps qu’il avait passé à l’étranger : ça n’avait pas été si long, pourtant, cette histoire de pèlerinage de la Route de Corne. Quel âge avait Larsen désormais ? Douze ans peut-être ?

– Qu’est-ce qui se passe, ici ? On croirait que tout le monde est devenu fou.

– Je suis bien d’accord, dit Larsen, qui jetait des coups d’œil rapides vers le sous-sol pour s’assurer que l’on n’avait pas besoin de lui.

– Les cauques se sont rebellés ? demanda Tomàs.

– Tu n’es pas au courant ?

Larsen avait l’air soudainement consterné. Tomàs secoua la tête.

– C’est l’Hécatombe. Le cauchemar envahit la cité. Tu crois qu’on se coud les paupières par plaisir ? Tu savais mieux y faire que Jacob, d’ailleurs, je te conseille de coudre les tiennes toi-même.

– Qu’est-ce que… ?

Tomàs ne savait même pas par où commencer.

– L’Hécatombe est entrée dans Oniria.

– Mais de quoi tu parles, bon sang ?

Sa voix tremblait et Tomàs entreprit de se taire pour ne pas le laisser paraitre.

– Tu as peur, c’est normal, dit le gamin. Tark IX avait raison. Ce qu’il craignait est arrivé. Qui aurait pu croire que c’était l’Exégète fou qui aurait raison, finalement, hein ?

L’ancien artiste ne comprenait rien à rien. Ses regards se posaient partout dans la boutique qui lui échappait peu à peu pour redevenir étrangère. Il n’était même plus certain désormais de reconnaitre Larsen, même quand son nouveau patron l’appela par son prénom, d’une voix autoritaire.

– Je dois y aller. Pense à ce que je t’ai dit. Je n’ai pas envie de laisser ces horreurs entrer en moi. Je n’ai pas envie de mourir les yeux ouverts.

D’un pas précipité, Larsen redescendit l’escalier.

– Quitte la ville si tu peux, si tu connais encore des Artistes à Edistyä. Rejoins-les. Mais quoi que tu fasses, ne sors pas par la Grande Porte. »

L’enfant disparut rapidement. Tomàs resta plusieurs minutes debout dans la boutique, mais Larsen ne remonta pas.

 

 

Tomàs n’était pas stupide : oui, par de nombreux aspects, le cauchemar pouvait envahir la réalité. Les plus grandes œuvres en étaient les plus sûrs témoins – la folie et l’hallucination aussi, compagnes de route de la métaphore. Mais même s’il s’était lancé sur le chemin d’Oniria convaincu qu’elle lui apporterait des réponses, à propos de lui-même, de ses aspirations, des ambitions qui le secouaient, Tomàs avait toujours pris ses mythes et légendes pour ce qu’ils étaient : des fables, rien de plus. Des paraboles, des symboles. L’Art lui aussi en était plein et c’était ce qui le rendait parfois si efficace. Il se souvenait d’ailleurs s’être dit plusieurs fois, en lisant La Clef des Songes, qu’elle n’était pas dénuée de qualités littéraires.

Mais que le cauchemar puisse envahir la réalité dans plusieurs regards – c’était, à ce qu’il avait compris, ce que les Onironautes appelaient « Hécatombe » – cela relevait pour lui de la folie collective – ou de la mascarade. Il ne lui en fallut pas davantage pour se résigner à marcher vers les portes de la Cité.

 

La rue de Nyx donna à Tomàs l’impression d’une longue insomnie. A chaque fois qu’il imaginait ne pouvoir voir pire, la réalité lui donnait tort. Il avait déjà entendu parler des cauques, il y en avait plusieurs parmi les amis de ses parents, qui avaient justement quitté Oniria pour laisser libre cours à la représentation de leurs cauchemars, sans plus avoir à se sentir coupables. Jamais ils ne les auraient pensés capables d’une telle barbarie. Mais les opinions ne font pas les cœurs bons ou mauvais.

La petite ville, d’ordinaire toujours si festive, semblait s’être vidée de ses habitants ; et le silence qui accompagna Tomàs tout au long de la descente ne fit qu’ajouter au spectacle de désolation dont il fut témoin. Les mains de l’ancien artiste se mirent à trembler, et il dut s’assoir un instant : sa vieille ennemie, la survie, refaisait surface. Tous les endroits où il allait, dévastés, toujours. Ça devait être de sa faute. Ce devait être lui qui trainait les carnages dans son sillage. Quelle autre explication aux tueries et aux poursuites qui semblaient devoir rythmer sa vie ? Il n’y avait donc nulle part de place pour les rêves, même les plus insignifiants ? Alors, Tomàs repensa soudainement à ce qu’il avait lu sur Internet, quand il avait découvert que son songe n’avait rien d’une illumination. Il repensa aux centaines de témoignages, aux récits tout à fait similaires de nuits à peine différentes, à cette appellation qu’utilisait Edistyä : « épidémie des rêves ».

Tomàs, en bon artiste sur ce point, avait toujours été convaincu que les définitions de « rêve » et de « cauchemar » n’étaient, comme celles de « bonheur » et de « malheur », qu’une question de regard porté sur les choses. Mais dans tous les témoignages qu’il avait entendus, c’était les descriptions de sensations qui, étrangement, avaient été les plus jumelles. Peut-être était-ce parce qu’elles avaient été très vagues, mais lui-même n’avait pu s’empêcher de s’y reconnaitre.

« Epidémie des rêves »… Que les esprits éveillés subissent une uniformisation, il le savait, cela aussi, ce n’était pas pour rien que l’Art, au cœur même de Satyä, avait fini par s’éteindre à la faveur d’une soupe de divertissements qui n’avait de cesse de mettre Daniel hors de lui. Mais ce pouvait-il qu’à présent, les esprits endormis, qu’on disait libérés de toute logique, soient eux aussi atteints ? Et est-ce que cela pouvait expliquer ce qui se passait à Oniria ?

Tomàs toucha son visage, regarda ses mains, incertain de son état de santé. Un cancer de l’imagination se développait-il en lui, à son insu ? Si c’était le cas, pourquoi ne se mettait-il pas lui aussi à tuer, à se coudre les paupières, à dégoupiller des yeux ?

 

Son regard se porta sur le bout de la rue, vers les portes de la Cité, grandes ouvertes. Il n’y avait pas plus de tumulte là-bas, mais en plissant les yeux, Tomàs distinguait une vaste forme noire allongée sur le sol, et se surprit à prier qu’il ne s’agisse pas là d’un énième tas de cadavres. Il se leva péniblement, ses jambes flageolantes, et secoua la tête pour chasser son flot de pensées. Il fallait se concentrer sur la tâche de retrouver Daniel. Pour le reste, et quant à savoir ce qu’il y avait de si apocalyptique en lui, il devrait encore attendre.

Tomàs avança lentement, effrayé qu’une menace ne surgisse à tout moment d’une ruelle adjacente. Mais, même s’il vit parfois quelques silhouettes se faufiler, il n’en fut rien – et il comprit bientôt pourquoi personne ne rôdait autour des portes de la Cité, quand son regard tomba sur le cadavre gigantesque d’un cheval. Imposant d’immobilité, les mâchoires serrées. Des plumes bleues entre les dents, et à la gueule le sang du petit cotinga coupé en deux, qui gisait lui aussi sur le pavé. Le cheval avait les yeux blancs, révulsés.

 

Tomàs s’était tant habitué à voir les peintures de Daniel que l’horreur qu’il avait ressentie la première fois, en surprenant son ami somnambule, avait fini par se dissiper. Mais voir le cheval ainsi, de chair et d’os, sorti de toutes les toiles du monde, acheva de le convaincre de ce qu’il s’était dit plus tôt. Larsen avait bel et bien raison : le cauchemar avait envahi la réalité. Et une fois encore, quand Tomàs avait cru faire enfin partie de quelque chose, même la pire chose au monde, il s’avérait que c’était finalement à Daniel que revenait le crédit.

 

Alors, un nuage fut soufflé par le vent, et la lumière tomba franchement sur le tas de muscles saillants, sur le pelage noir, sur la crinière emmêlée, sur le sang humide, les yeux vitreux, le fer des sabots. Il fallut quelques secondes à Tomàs pour comprendre ce qu’il n’allait pas, mais quand il parvint, la scène acquit un surréalisme inattendu.

La lumière n’était pas juste. Selon l’angle où elle tombait, avec la puissance directe du soleil qui se tenait juste au-dessus, elle aurait dû dessiner une ombre plus légère, faire reluire la crinière davantage. Le sang n’était pas sec. D’ailleurs, aucune mouche, aucun insecte, sous cette chaleur pourtant lourde, ne s’était rapproché de l’animal.

Les récits religieux, onironautes ou autres, étaient souvent parsemés de descriptions de cadavres que la décomposition ne prenait pas. Soit. Mais le peintre en Tomàs le savait : aucun corps, si sacré soit-il, ne pouvait échapper à la lumière. La ronde perpétuelle des astres constituait un point commun de taille aux deux vies que Tomàs avait menées.

 

Le jeune homme risqua un pas vers le corps, puis un autre. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait, il lui sembla reconnaitre finalement la lumière, mais toujours pas la façon qu’elle avait de tomber sur la chair. Il fut bientôt à genoux à côté de la bête, et, n’osant pas la toucher, laissa sa main en suspens au-dessus du noir pelage.

Elle n’exhalait aucune chaleur. Aucun atome ne se frictionnait autour de sa masse. Tomàs dissipa ses derniers doutes et posa sa main sur le ventre de l’animal : ses doigts, sans plus de surprise, passèrent au travers.

C’était un hologramme. D’une densité folle, d’une technique inouïe ; mais un hologramme.

Tomàs resta interdit. Il avait lu beaucoup de livres mais aucun, jamais, il n’en était certain, n’avait fait mention d’une Hécatombe holographique. Seule Edistyä pouvait être responsable d’une telle création.

Il se leva et releva les yeux vers le désastre de la rue de Nyx. Et si Daniel n’était même plus à Oniria ?

 

 

 

Tomàs remonta péniblement, erra longtemps dans les ruelles, repassa mille fois dans ses pas, évitant les ombres et les bruits. Bientôt la nuit tomba, et il rentra chez lui pour dormir. Mais dès que le sommeil l’emportait, ses rêves s’emplissaient des images du massacre dont il avait observé les restes toute la journée. A bout, il finit par fouiller dans un placard, et en tira une petite boite abîmée : des pilules de modafinil, qu’il conservait depuis des années. Il ne les avait ressorties qu’une ou deux fois, lorsque, épuisé, il avait dû rester éveillé pour surveiller Daniel durant ces crises de somnambulisme. Il les avait laissées là avant de partir en pèlerinage ; elles avaient certainement passé une date de péremption. Qu’importe. Il n’y avait qu’une chose pire que d’assister au carnage extérieur : c’était ce que son cerveau endormi et inquiet pouvait en faire. Il en avala une, reprit son sac et ressortit.

 

La nuit avait avalé la laideur. Tous feux éteints, on ne distinguait presque plus rien des masses de corps répandues sur le macadam. Tomàs s’efforçait de marcher sur les pavés blancs qu’il pouvait encore distinguer à la lumière de la lune. Sans surprise et sans égards pour Oniria, l’astre de Nyx s’était levé à son tour. Tomàs aimait la Nuit, elle le rassurait toujours ; et les Onironautes avaient l’avantage d’y voir plus des choses plus lumineuses que les Artistes. Mais il avait peur de ce qui pouvait aussi le surprendre dans le noir, et resta dans les grandes artères d’Oniria, sursautant dès qu’il apercevait une lumière. Bientôt, il reprenait la rue de Nyx, pour voir de quelle façon tombait la lumière de la lune sur le corps du cheval.

Sa découverte de l’hologramme ne rendait pas Tomàs moins coupable. Au contraire. Tark X avait des liens avec les Psychonautes. Mais ces relations avaient toujours semblé cordiales ; les Psychonautes lui avaient même fait don de matériel. Les deux projecteurs. Ce n’était pas rien, même si beaucoup d’Onironautes se méfiaient de ces machines. Tomàs les avait toujours trouvées ridicules et intéressantes. Représenter les rêves oui, mais, par le prisme de l’Art, où alors ça n’avait aucun sens. Il fallait du « faux » pour rendre le vrai encore plus vrai.

Les Psychonautes, donc. Pourquoi ce revirement de situation ? Quels débordements politiques Tomàs ignorait-il ? Tous, probablement. Il n’avait jamais rien compris aux Onironautes. N’en avait jamais fait partie pour de bon. Il avait appris les règles du jeu, les catégories de songes, les grades des maîtres. Ce monde cloisonné et organisé lui avait paru rassurant. Il s’était dit que, contrairement à Satyä, il y avait à Oniria une échelle à monter, et que plus on y grimpait plus il y avait de chances de trouver des réponses.

Tomàs ne parvenait pas à mettre de l’ordre dans ses idées. Il marcha plus vite. Une seule chose était certaine : Edistyä savait pour Daniel. Elle avait découvert, à cause de l’hôpital. A cause de Tomàs qui l’y avait emmené. Qui avait cédé, une fois encore, à la terreur, comme à un vieil amour dont on ne parvient pas à se débarrasser et qui remet tout en cause à chaque fois qu’il resurgit.

Le jeune homme se souvint de la menace que constituaient les hôpitaux du temps où il était Artiste. Des dizaines de gens qui avaient préféré mourir que d’aller se faire soigner dans un centre édistyen. Et qui n’auraient pas pu, de toute façon, car ils étaient trop pauvres. Trop Inaptes. Cette menace avait toujours tenu Tomàs lui-même éloigné des seringues et des électrodes. Sans même parler de Daniel, qui avait dû inventer stratagème sur stratagème pour échapper aux désirs de sa famille adoptive.

Mais Tomàs n’avait jamais entendu parler de matériel suffisant ici, à Oniria, pour collecter une telle quantité de données. L’hôpital qu’il avait vu paraissait vétuste et artisanal. Et quand bien même, cela n’aurait rien expliqué, ni la brutalité du génocide, ni sa nécessité, ni le fait que le carnage avait semblé venir de l’intérieur : durant ses errances, Tomàs n’avait pas vu de cadavres de la Milice ou de toute autre force qui eût pu être édistyenne. Rien.

 

La tête de Tomàs bascula soudainement sur le côté, plusieurs fois de suite. Le tic revenait. Finalement, il était repassé devant le cadavre du cheval en y faisant à peine attention, et voilà qu’il remontait la rue de Nyx pour la dixième fois au moins.

Soudain, un cri l’arrêta. Il semblait provenir des appartements de l’Exégète, dont la fenêtre béante donnait sur la large rue pavée. Tomàs s’arrêta pour écouter. Les hurlements, accompagnés de bruits sourds, durèrent une dizaine de minutes. Ils cessèrent finalement.

 

L’idée n’était pas venue à Tomàs de pénétrer ce bâtiment sacré. Par égards, certainement, par respect ; mais de quoi, désormais ? Il entra par la grande porte cochère, sortit de son sac la même lampe torche qui l’avait accompagné au-delà d’Edistyä, où plus que jamais il regretta de n’y être pas resté.

Il prit à gauche en entrant, et après avoir parcouru plusieurs salles dont les usages lui demeurèrent obscurs, tomba sur ce qui était manifestement une salle à manger. La faim cogna dans son ventre, comme si, par habitude, elle n’avait osé se manifester jusqu’à ce qu’elle puisse être contentée.

Tomàs marcha à nouveau plus vite. Le faisceau de sa lampe marquait des sursauts, au rythme de son tic nerveux. Par moments, cela le secoua si fort qu’il eut mal à la tête. Un large sourire se dessina sur son visage lorsqu’il rencontra la forme saugrenue des fourneaux. Il parcourut alors le sol, braquant sa lumière partout, à la recherche de la porte d’un frigo souterrain, typique d’Oniria, qui ne s’abaissait pas, comme d’autres communautés, à voler à Edistyä ses vieux panneaux solaires. Au bout de quelques secondes, il découvrit enfin une trappe, qu’il ouvrit à la volée. Sous terre, un festin de pain, de vieux fromages, de légumes et de viande sèche l’attendait. Comme tous ceux qui ont un jour connu la pauvreté et ont peur qu’elle revienne, Tomàs se jeta sur tout ce qu’il trouva et mangea plus que de raison.

Il fut interrompu par la reprise des coups et des hurlements. Ici, on les entendait plus distinctement.

« Ouvrez ! S’il vous plait, ouvrez ! Je veux pas crever ici, pitié ! »

Tomàs hésita à répondre, de peur d’être entendu par les mauvaises personnes, et aussi parce qu’il voulait finir de manger. Finalement, il remplit un sac de toile du maximum de denrées qu’il put prendre avec lui et remonta à la surface. Les cris étaient proches, mais on les entendait mieux en-dessous. La bouche encore pleine et sans cesser de manger, il entreprit de faire le tour du rez-de-chaussée.

 

Les couloirs des appartements de l’Exégète étaient effroyablement impersonnels. Quelques sculptures de bois ou de pierre se dressaient régulièrement comme des bornes : elles représentaient les différentes Constellations qu’avaient connues les Onironautes. Les tapisseries, tressées avec minutie mais sans âme, montraient des scènes de La Clef des songes. Tomàs, en soupirant, y reconnut la cérémonie du Crépuscule ou encore un Exégète – Bakat I ? II ? – qui remplissait son nocturnal. Le dernier pan de mur qu’il vit, plus agréable mais pas plus virtuose, était recouvert par les constellations stellaires. Tomàs n’avait pas souvent vu d’étoiles, mais il avait tant lu à leur propos qu’il ne découvrit là presque rien.

Il finit par déboucher sur une volée de chambres dont certaines portes étaient ouvertes, voire renversées. Il était impossible de distinguer celle de Tark X : celle du bout du couloir, isolée des autres, peut-être ? La porte était sortie de ses gonds et des livres éparpillés partout sur le sol. Tomàs sourit de ce point commun entre Josef et lui, et s’assit pour feuilleter les ouvrages, un morceau de jambon dans la bouche.

Ce qu’il put lire lui passa vite l’envie de manger : dans tous les livres, il était question de la fameuse Hécatombe. Tomàs savait déjà que Tark IX, le grand-père de Josef, avait fait interdire la consommation de viande de cheval : il l’avait découvert lors des recherches faites avec Daniel, avant le pèlerinage. Il ignorait en revanche que Tark IX avait prétendu avoir eu un Kosmika mettant en scène la fin du monde, qui arriverait sous la forme d’un cheval fou qui détruirait tout sur son chemin et n’hésiterait pas à dévorer les humains dans leur sommeil. Ce songe prophétique l’avait aidé à théoriser ce qu’il avait appelé « Hécatombe », une catégorie particulière de songe prophétique.

Un autre ouvrage, d’air moins officiel, expliquait que Tark IX avait, accompagné de quelques gardes, massacré lui-même tous les chevaux d’Oniria, sidérant la population onironaute par sa violence. Si Tomàs retrouva des allusions à l’oiseau comme animal sacré, il ne découvrit rien de particulier sur le cotinga.

Le jeune homme était en train de lire le récit du procès de Tark IX quand les coups retentirent à nouveau. Ils furent si forts cette fois que Tomàs bondit du lit en sortant son couteau, renversant plusieurs livres et répandant par terre une partie de son diner.

« Sortez-moi de là !

Les coups semblaient provenir de la pièce. A ce moment seulement, Tomàs remarqua la fine ligne qui découpait le mur du fond, ainsi que les marques autour.

– Vous êtes qui ? lança Tomàs, pas trop fort.

La voix s’arrêta un instant. Elle débordait de joie quand elle reprit.

– Il y a quelqu’un ? Pitié, ouvrez-moi !

– Vous êtes qui ? réessaya Tomàs.

– Alhassar. Je suis un prisonnier de Tark X.

Tomàs se tut. Que faisaient des prisonniers à cet endroit ? Inquiète, la voix reprit :

– Hé, vous êtes toujours là ?

Le prisonnier tambourinait à la porte en même temps, couvrant la moitié de ses paroles. Tomàs parcourut le mur d’un regard. Il n’y avait ni poignée, ni bouton. Il essaya d’appuyer contre la paroi, mais rien ne se produisit. Il n’y avait qu’un petit trou de serrure auquel Tomàs se pencha. Il faisait noir à l’intérieur.

– Vous êtes seul ?

– Non, répondit l’autre. Mais qu’est-ce que ça peut faire ? Ouvrez-moi, bon sang.

– La porte n’a pas de poignée. Je ne peux pas ouvrir.

– Mais je vais mourir de faim, ici, je vous en prie !

Les coups redoublèrent alors de violence : Alhassar tentait de défoncer la porte, semblant oublier qu’il s’agissait là d’un pan de mur. Craignant que les cris n’attirent quelqu’un, Tomàs s’apprêtait à quitter la pièce, et enfouit un ou deux livres dans son sac quand soudain, une nouvelle fois, les coups cessèrent. Il entendit Alhassar pousser un cri de surprise, puis plus rien. Quelques secondes passèrent – puis un bruit discret. Un cliquetis métallique. Quelqu’un ouvrait la porte. Tomàs n’eut le temps que du réflexe d’éteindre sa lampe et de se jeter derrière le lit.

Le pan de mur s’ouvrit, laissant passer deux silhouettes. La voix d’Alhassar balbutiait sans discontinuer. L’émotion l’empêchait de construire une phrase. La deuxième forme demeurait silencieuse, légèrement voutée.

– Vous êtes toujours là ? demanda le prisonnier à l’obscurité.

Tomàs se redressa, braqua sa lampe torche sur les deux ombres. Les deux hommes se cachèrent les yeux un instant. Quand ils baissèrent les mains, tout doute était dissipé. Dans le faisceau de la lampe, Tomàs reconnut Daniel, un énorme trousseau de clefs à la main.

(NB : Je ne sais pas pourquoi la mise en page de cette semaine bugue un peu et m’a ajouté un espace entre les paragraphes d’ordinaire collés, mais je n’ai pas le temps de régler ça tout de suite, malheureusement ! Désolée si ça gêne votre lecture…En espérant que vous avez néanmoins apprécié l’épisode !)

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