Les dialogues dans Les Fourches

Il y a une chose que je déteste par dessus-tout dans l’écriture : le dialogue. En lire ne me dérange pas, s’ils sont bien menés, mais en écrire est une vraie plaie, un véritable casse-tête pour moi. J’ai toujours l’impression que ça sonne faux, convenu, superficiel, pour de multiples raisons. Or les épisodes 50 et 51 des Fourches sont très dialogués, et j’ai dû me frotter à mes démons pour essayer d’en tirer quelques leçons, ou du moins d’identifier mes difficultés…

  1. Le contenu des dialogues 

Quand je dis que je n’aime pas écrire des dialogues, cela s’applique strictement au roman. Le théâtre ne me pose aucun problème (je n’en écris pas spécialement, mais je n’aurai pas de difficultés qui soient liées au dialogue si je décidais de m’y mettre – j’en aurais d’autres), et certains de mes poèmes pourraient être lus comme des dialogues (certes, poétisés, mais passons). J’adore les intrigues romanesques, les descriptions, les tergiversations; mais le dialogue, vraiment, j’ai du mal. C’est pourquoi ma première astuce est une fuite et que j’essaie d’en écrire le moins possible. Je m’assure de garder le dialogue pour des moments où je ne peux vraiment pas faire autrement. C’est le cas des épisodes 50 et 51 où plusieurs personnages vont devoir mettre en commun les différentes informations qu’ils ont au sujet de ce qu’il s’est passé à Oniria.

Quand on y regarde de plus près, déjà, il y a vraiment peu de dialogues dans Les Fourches caudines, au profit du monologue intérieur. Beaucoup de discussions ont lieu quand les personnages n’ont pas d’autre choix, et je peux ainsi relever plusieurs situations :

  • les personnages se voient rarement (Daniel et Isaac)
  • les personnages ont quelque chose d’important à se dire (Daniel/Kaël ; Kaël/Odin) , leur discussion a un but précis (les échanges « pédagogiques de Kaël avec Odin, les échanges politiques entre Josef et le CDO, les négociations entre Josef et Chloris)
  • les personnages sont coincés tous les deux, un peu gênés (Héliä et Lysandre ou encore Héliä et Bastien) et recourent au dialogue pour occuper le silence, sans grand succès
  • l’un des personnage force la conversation (Lysandre est assez comme ça).

Mouais, pas trop de place pour le badinage verbal dans Les Fourches… Mais je crois qu’on pourrait à peu de choses près faire entrer beaucoup des dialogues littéraires dans les catégories ci-dessus…Ça me rassure d’avoir fait cette liste !

Par ailleurs, j’essaie toujours d’avoir plusieurs couches dans les dialogues, et la part qui est laissée au non-dit est en général capitale. Mes dialogues me donnent l’impression d’être souvent de faux-dialogues où ce qui est véritablement important est tu. C’est valable pour beaucoup de dialogues entre Héliä et Isaac, dans lesquels Isaac (mon alter-ego ❤ ) a particulièrement du mal à formuler ses angoisses. Je me rends compte que ça me colle beaucoup et qu’il faudrait sans doute que j’y remédie pour varier les façons dont fonctionnent mes dialogues…

Dans la vraie vie aussi, je n’aime pas beaucoup ça quand les gens causent pour ne rien dire, et les politesses d’usage me font cet effet :

blabla dark willow.gif

Comme quoi, j’ai encore beaucoup de boulot pour parvenir à me détacher de moi lorsque j’écris, mais bon, les auteurs sont mégalos, on le sait.

2. La façon de parler

Autre raison de taille qui fait que le dialogue me donne souvent l’impression d’être artificiel : le décalage entre la façon dont nous nous exprimons dans la vie de tous les jours et la façon dont on formule les dialogues dans un texte narratif, toujours plus soutenue. J’ai en effet des scrupules à simplifier les dialogues à la manière de l’oral ; j’accepte de sacrifier certaines tournures (par exemple les deux éléments de négation, l’inversion du verbe et du sujet dans une question) pour que le tout n’ait pas l’air trop ampoulé, mais ça s’arrête là. Je ne vais plus loin que pour des personnages pour lesquels j’ai vraiment envie de marquer une manière particulière de s’exprimer, comme pour Dën, qui vit dans les égouts, et dont la syntaxe et la prononciation gardent la trace d’une vie longtemps solitaire. J’ai bon espoir de réussir à améliorer ça quand, comme je l’ai déjà mentionné, le premier jet sera fini, la personnalité de mes personnages bien assise, et que je pourrai me questionner à nouveau sur la manière dont ils s’expriment reflète cette dernière.

De manière générale, je suis en train de me dire que même si j’imitais le plus possible le langage oral, je trouverais ça artificiel aussi, en fait. Décidément, c’est coton.

3. Les différentes façons de rapporter le discours (#coursdefrançaistavu)

Pour essayer de me lasser le moins possible du dialogue, j’essaie aussi de varier les façons de rapporter les paroles. Ça me permet de vous rappeler un peu vos cours de collège car c’est plus fort que moi 🙂 Rappelons donc qu’il existe « quatre » façons de rapporter des propos :

– le discours direct : la plus utilisée. On rapporte les paroles exactement telles qu’elles ont été dites, à grands renforts de verbes introducteurs (ou verbes de parole), de guillemets et de tirets. C’est celui que les élèves préfèrent car il permet d’essayer de gratter des lignes au brevet ! (enfin, c’est ce qu’ils croient, en vrai ils ne font qu’énerver le correcteur)

– le discours indirect : comme je dis à mes élèves, celui que vous gérez le moins bien mais que vous utilisez le plus dans la cour : « Machin a dit que… » « Truc que a répondu que… » Ce type de discours permet d’aérer, notamment lorsqu’on l’utilise pour des passages moins importants où la formulation précise n’est pas primordiale. Il a l’avantage également de parer à la question du décalage entre familier et soutenu puisqu’il fait basculer le dialogue dans le récit ; mais les subordonnées rendent ce dernier vite lourd.

– le discours indirect libre : qu’on classe dans les discours rapportés alors qu’en vrai pour rapporter un dialogue c’est vraiment nul. En revanche c’est le roi du discours qu’on se tient à soi tout seul. Pour l’info, ça consiste à flouter les limites entre personnage et narrateur en introduisant les paroles (ou les pensées) sans les signes du discours direct.

– le discours narrativisé, très pratique pour résumer et passer rapidement sur les parties inintéressantes d’un dialogue (et dire ainsi « Ils se saluèrent » pour éviter de faire des lignes inutiles). Autre exemple : « Ils se racontèrent ce qu’ils avaient fait ces dix dernières années. » Ah bah c’est sûr, ça expédie. Mais ça permet aussi des petites subtilités bien sympathiques.

L’idée est d’essayer de varier le plus possible en fonction de ce que les personnages ont comme information à se transmettre. Personnellement, mais je pense que c’est le cas pour beaucoup de monde, j’aime garder le discours direct pour les informations importantes et les moments de tension où chaque mot compte. Cela engendre un autre problème : les réactions physiques, émotionnelles tiennent beaucoup de place, et il faut alors les mentionner…

4. Les différentes façons d’introduire le discours : le cas des verbes de parole

Que l’on opte pour le discours direct ou l’indirect, le dialogue soulève un autre problème : l’usage des verbes de parole. Votre prof de français vous a sûrement tannés avec la répétition de « dire », à bannir. Alors, c’est sûr, il y a plein d’autres verbes, bien plus précis, qui permettent d’éviter la répétition et de marquer en plus les émotions des personnages (big up à certains de mes élèves et leurs fameux « murmura-t-il en murmurant » lol ). Mais ce n’est pas la folie non plus, ce n’est pas la grande foire aux verbes de parole. Quand j’écris un dialogue assez long, je sais que j’ai tendance à faire assez vite le tour des verbes de parole qui me viennent naturellement à l’esprit. Sans doute, je manque un peu de vocabulaire, mais ce qui m’énerve surtout est de simplement devoir utiliser un verbe de parole. En effet, dès que la conversation se fait entre plus de deux personnages, il faut souvent préciser qui parle, lorsque cela ne se devine pas simplement à la manière dont parle le personnage et/ou lorsqu’on veut préciser son intonation. L’incise, lourde en plus dans sa syntaxe avec l’inversion du verbe et du sujet (« dit-il »,  » répondit-il »), est ainsi répétée de multiples fois et ça m’ennuie au possible. Les dialogues sont toujours très visuels dans ma tête et l’image présente l’avantage de ne pas avoir à s’alourdir de ces précisions qui encombrent la fluidité du dialogue.

Alors, j’avoue qu’il y a moyen de varier en mettant les incises en tête de phrase, ou à la fin (youpi)… Mais le meilleur moyen reste de décrire le personnage en action, particulièrement dans une action (ou une réaction) dont on sait qu’elle va forcément déboucher sur une réplique, et de n’avoir ainsi recours qu’au meilleur signe de ponctuation de l’univers : les deux points. Comme ça, pas besoin de préciser qui parle puisqu’on a déjà recentré l’attention du lecteur sur le personnage qui va s’exprimer. En plus, ça rend le dialogue plus vivant en y ajoutant du mouvement (car je déteste lire de ces dialogues où les personnages ont l’air plantés comme des piquets à ne rien faire d’autre que parler, tout ça sans même boire une bière).

La difficulté est encore plus grande quand les personnages parlent dans l’obscurité voire dans le noir, ce qui sera un peu le cas dans l’épisode 51, tout particulièrement…

5. Les écueils à éviter

En écrivant un dialogue, on peut aussi tomber dans le cliché à éviter. Parmi eux, deux me paraissent particulièrement rédhibitoires :

  • Le dialogue inutile, qui n’existe que pour donner des informations au lecteur, que ce soit sur les personnages ou sur l’intrigue.
  • Le dialogue figé, où les personnages ne bougent pas, n’expriment pas d’émotion, échangent des phrases mais ne semblent pas communiquer autrement que par les mots, alors que dans un dialogue réel, une grosse partie de la communication se fait en dehors du langage parlé.

 

Humble leçon du jour, donc, pour l’écriture des Fourches caudines : travailler le langage des personnages !

Rendez-vous dimanche avec un quatuor perdu dans la nuit…

AM/Lil.

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