Faire le deuil

Bonjour tout le monde !

J’ai déjà consacré un article à la nécessité de torturer et de tuer certains personnages ; cet article-ci sera donc centré sur un cas particulier. Attention : à ne pas lire si vous n’avez pas encore lu l’épisode 51 !

spoiler alert

Je souhaitais bien entendu revenir sur la mort d’Alistair, qui survient dans le dernier épisode en date des Fourches, histoire de m’aider à faire le deuil de ce personnage. Bien qu’il fût secondaire, je m’y suis attachée au fur et à mesure, alors qu’il a vite été assez clair qu’il devrait mourir (masochisme, vous dis-je…)

Alistair pourrait être défini comme le calme incarné. Un personnage sage, sans folie apparente. Ses pouvoirs de Somnambule, sa carrure, son charisme, lui ont concédé (à mon sens, dites-moi si ce n’est pas le cas pour vous) une certaine aura, et le texte nous invite à partager l’admiration que Josef lui porte, lui qui l’a toujours aimé en dépit de leur écart d’âge et du fait que leur relation soit interdite, lui qui a toujours assimilé son Kosmika, et donc sa position d’Exégète, aux épaules de celui qu’il appelait « la Montagne » (je trouverai plus original dans un deuxième jet, mais c’est ce qui m’est immédiatement venu. Peut-être serait-il plus approprié que Josef l’appelle « le Firmament », ou quelque chose comme ça).

Alistair était membre du Conseil des Disciples Oneiriens, tâche à laquelle il s’adonnait avec un grand sérieux, sur lequel je n’ai peut-être pas assez insisté en écrivant. On le voit notamment prendre la décision difficile de faire fuir certains cauques de leur repaire, sans aller jusqu’à les arrêter. Les Onironautes le respectent et l’apprécient. Néanmoins, il avait confiance en Josef et en ses capacités à juger de ses relations avec les Onironautes. Peut-être était-ce là sa faiblesse. Mais plus qu’une question de confiance, il me semble qu’il s’agissait surtout pour lui de laisser Tark X prendre seul ses décisions d’Exégète, car Alistair lui-même n’était « que » membre du CDO. A plusieurs reprises, il soutient Josef, mais le met face à ses responsabilités sans empiéter sur elles.

Revenons à présent sur les circonstances de sa mort : il était important pour moi qu’Alistair meure en tant que « dommage collatéral » de la mauvaise gestion d’Oniria par Josef, mais aussi en tant que victime des vieilles rancunes que les autres membres du CDO ont à l’égard de la Constellation Tark. Voilà pourquoi il meurt étranglé par Elör, et par la Clef de Corne qui symbolise le pouvoir de Josef.

Arrêtons-nous deux minutes sur un détail : peut-être certains d’entre vous ont-ils pensé qu’il était aberrant que la Montagne, sur la taille impressionnante duquel on insiste tout au long du récit, puisse être mis à mort par un vieillard malingre et rachitique. Je me suis aussi fait la remarque. Mais force est de constater que si Alistair est grand, il n’est jamais précisé qu’il sache se battre. Sa taille est dissuasive, mais il est extrêmement pacifiste et il est fort probable qu’il n’ait jamais eu à en venir aux mains de toute sa vie. Elör, de son côté, a la hargne d’une vie de convoitise et de haine. Qui plus est, ils étaient deux sur lui. Voilà donc pour la cohérence.

J’aurais voulu faire plus spectaculaire comme mort, pour rendre hommage à Alistair, mais c’était narrativement difficile à tenir : cela aurait exigé de rompre le jeu de points de vue internes ou alors de faire entrer Tomàs ou Daniel dans la salle du Sanhédrin, ce qui n’avait pas de sens car, si Alistair ferme les portes, c’est bel et bien pour que ces deux-là restent en sécurité à l’extérieur du tribunal (ce qui me paraissait d’ailleurs intéressant comme image, d’être plus en sécurité à l’extérieur d’un bâtiment représentant la justice qu’à l’intérieur). Alistair meurt ainsi à la fois en en faisant des tonnes mais en même temps très discrètement, à l’image de ce qu’il était et, bien sûr, en se sacrifiant.

Autre problème de cohérence qui pourrait être soulevé : pourquoi Alistair, d’ordinaire si calme et posé, cède-t-il à cette pulsion ? D’abord par colère, certes : Josef a disparu et, même s’il sait que Josef est plus responsable de sa propre disparition que ne le sont les membres du CDO, ces derniers restent ceux qui l’ont éculé et qui les ont séparés. Sans eux, Alistair aurait peut-être pu empêcher l’enlèvement de Josef. Deuxième raison : il sait à quel point Daniel est important pour son amant, et la foi qu’il plaçait en lui, il cherche donc à le protéger. Troisième raison : ce qu’Alistair a vécu lorsqu’il était en prison. On en apprendra plus à ce sujet dans le deuxième tome, mais Alistair a subi ce qu’on pourrait appeler, sans trop vous en dire, une sorte de « viol de ses rêves », infiniment traumatique pour lui. Il n’est pas dans son état normal et cela se voit quand Josef vient le sauver de la prison.

Alistair était un rêveur, quelqu’un fait pour marcher dans les songes, et il est probable que son pouvoir lui ait permis, d’une certaine manière, de voir venir inconsciemment la catastrophe survenue à Oniria (d’où sa « crise » où il arrache des paupières). Mais il n’était pas fait pour le monde réel, ce qui explique sa dernière phrase aux trois acolytes qui l’accompagnent : « Il est temps pour moi de marcher dans le monde réel. » Ce sera un échec cuisant : le monde est fait de trop de violence pour un homme aussi pur qu’Alistair, et Josef insiste souvent sur ce fait.

Pour la relation entre Alistair et Josef, je ne voulais pas qu’elle soit divulguée immédiatement, mais qu’on y entre un peu de manière secrète puisque c’est ce qui la caractérise. C’est ainsi qu’on croit, au début, que Josef espionne Alistair lorsqu’il le suit dans les rues. On comprend plus tard qu’il le surveille et cherche à le protéger. J’ai voulu que leur relation soit tendre et en retenue, fondée sur une confiance totale qui a pris très tôt ancrage dans la vie de Josef, et n’était pas moins importante pour Alistair. Enfin, le choix d’un couple gay me permettait de faire passer une petite opinion personnelle : le poids des religions monothéistes que l’on connait sur les relations entre personnes de même sexe. En effet, ce n’est pas du tout le fait qu’il s’agisse de deux hommes qui pose problème à Oniria, mais le fait que Josef soit Exégète et Alistair membre du CDO, ce qui pourrait engendrer des conflits d’intérêt au détriment des Onironautes. Subrepticement, cela me permettait de dénoncer les interdictions posées aux couples de même sexe dans le monde d’aujourd’hui. Je suis partie dans l’idée que le lecteur devait « shipper » (vilain anglicisme) Alistair et Josef pour la teneur de leur relation, indépendamment de leur sexe. Dites-moi si ça a fonctionné pour vous !

Le petit plus : j’ai hésité à ajouter, à la fin de l’épisode 51, un passage qui raconterait la mort d’Alistair…du point de vue d’Alistair. Je trouvais intéressant de faire jaillir un nouveau point de vue pour une très courte durée et de donner accès à la manière de pensée d’un personnage toujours perçu par les autres comme énigmatique et charismatique. Cela permettrait de plus d’aérer la narration de la fin du tome 1, qui se divise en deux gros morceaux : les Onironautes, puis Isaac, qu’on retrouvera dans l’épisode 52 ou 53. Mais un tel passage nécessiterait de travailler le langage d’Alistair en profondeur, et j’ai préféré ne pas le faire tout de suite de peur de mal faire. Et vous, vous pensez quoi de cette idée ?

 

Les points à retravailler : j’aurai certainement conscience de davantage de choses lorsque je relirai l’ensemble terminé, mais il me semble que pour retravailler le personnage d’Alistair, il faudra dans un second jet (un troisième en fait), que je reprenne ces points :

  • insister sur le travail de membre du CDO : cela permettra de montrer davantage le fonctionnement interne des Onironautes et de développer en même temps les relations professionnelles de Josef et Alistair ainsi que le dévouement de ce dernier à sa communauté.
  • Retravailler sa réaction lors de la destruction d’Oniria : j’avoue que cela manquait mais la dévastation est difficile à écrire…
  • Ecrire cette fameuse scène de la mort d’Alistair du point de vue d’Alistair ? A voir.
  • Développer le rapport qu’Alistair entretenait avec Tark IX, le grand-père de Josef. Même si j’aime l’idée qu’Alistair soit un peu l’électron libre du CDO, il a néanmoins pris ses fonctions sous l’égide de Tark IX et ces dernières ont dû évoluer sous Tark X. A creuser, donc.
  • Eclaircir peut-être ce qu’Alistair possède d’informations vis-à-vis du lien entre Josef et les Onironautes – ou ce qu’il ne possède pas. J’aime l’idée qu’Alistair souhaite laisser Tark X gérer son travail, qu’il l’aime pour ce qu’il est en tant que personne et non en tant qu’Exégète. Mais en même temps, si Alistair est si impliqué dans le bonheur de son peuple, il faut bien qu’il sache… Une petite discussion supplémentaire entre les deux s’impose peut-être.

 

Voilà… Goodbye Alistair. Ce fut un plaisir de te suivre dans la nuit…

 

AM/Lil.

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