Les Fourches caudines – Episode 52

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Pure, by Anna Shtorm

Daniel fut sans nouvelle aucune de Tomàs pendant trois jours entiers. Après la première nuit, Alhassar était parti, l’extinction totale du Conseil signant la fin de l’Onironautisme. Peut-être pourrait-il quelque part trouver une communauté cauque ou Hérétique encore assez tempérée. Le voyage serait difficile, à cause de sa narcolepsie ; mais sur le long terme, à cause d’elle toujours, il ne pouvait se permettre de vivre seul. Alhassar s’en était donc allé, et Daniel n’avait pu que penser : bien fait pour lui, que pour une fois on le laissât derrière.

Pendant deux jours, il hurla le prénom de Tomàs à travers les rues vides puis, ayant dû fuir l’assaut de quelques survivants enragés croisés dans les décombres, se contenta ensuite d’errer en silence, jetant autour de lui des regards qui l’achevaient toujours un peu plus.
Puis au matin du quatrième jour, alors que la faim l’avait emporté quelques instants et que Daniel cherchait de quoi se nourrir, il tomba sur le premier dessin : un oiseau qu’il reconnut comme un des siens, et qui avait peut-être dix ans déjà. Il le trouva négligemment posé sur le cadavre d’une femme, en travers de la route, à un endroit où il lui semblait être déjà passé une bonne centaine de fois. Dans la même journée, alors qu’il reprenait la rue de Nyx, il découvrit que le cadavre du cheval avait été recouvert d’un drap : plus précisément l’un des draps sur lesquels, avec son corps, Daniel avait lui-même peint le cheval.

Le peintre reparcourut tous les lieux où il pensait pouvoir trouver son ami : leurs deux appartements, l’université, la bibliothèque, l’ancienne boutique d’Endormeur de Tomàs, les Appartements de Josef, le Cénacle. Il ne le vit nulle part : tout au plus trouva-t-il, ici un autre oiseau, là un autre cheval fou – et la ville ravagée se transforma en étrange musée.
Le cinquième soir, bien décidé, il se coucha le ventre vide ; la faim lui fit un étrange cocon. Il l’avait déjà connue, comme il avait connu les horizons faits de sang et de ruines – et il y avait survécu : pourquoi n’y survivrait-il pas une fois de plus ? Pour se rassurer, il se répéta que cette mise en scène ne signifiait qu’une chose, une seule : son ami était toujours en vie. Il finit par y croire, et par s’endormir.

Au réveil, quelqu’un se tenait au-dessus de lui et le regardait fixement, à quelques centimètres de distance.
Il eut à peine le temps de bondir et de saisir les vêtements de la personne qui s’enfuyait. Il reconnut le profil de Tomàs, qui se débattit, laissa son manteau derrière lui et partit en courant. Daniel, dont les jambes peinaient à retrouver leur force initiale, fut semé en cinq minutes à peine.
Alors il s’arrêta, tentant de chasser l’effroyable impression qui l’avait secoué au réveil : il n’avait pas reconnu Tomàs. Ce regard qu’il avait eu n’était même celui, certain, des illuminations nocturnes et des révélations transcendantes.
En fouillant la veste de son ami, Daniel mit la main sur une boite de pilules de modafinil, vide. Une mauvaise habitude d’Artiste ne voulant pas courir le risque d’être tabassé à mort dans son sommeil.
Depuis combien de temps Tomàs n’avait-il pas dormi ? Et surtout, avait-il pu oublier ce que cela faisait, de fuir le repos ? Même sans avoir été Onironaute, le peintre savait cela : il ne fallait pas trop jouer avec le sommeil. Si vous le maltraitiez, il pouvait vous tuer à petit feu, ou même d’un seul coup. Certains Artistes en avaient suffisamment fait les frais pour que Tomàs ne l’eût pas oublié.
Convaincu qu’il était observé, Daniel hurla à pleins poumons :
– Je ne partirai pas sans toi !
Mais les murs lui renvoyèrent ses preuves d’affection trop tardives, avant de laisser à nouveau place au silence.

 

S’étant remis en marche, Daniel tentait de plonger en Tomàs, de deviner ce qu’il traversait. Mais plus il tentait de reconstruire son existence, plus des pans entiers de souvenirs s’écroulaient. Tomàs avait raison : au fond, Daniel le connaissait mal. Il savait sa capacité de résilience, il savait son talent pour les Arts, il savait sa détermination : il savait en effet tout ce qui lui manquait, à lui. Et, écumant les rares personnes qui avaient compté dans sa vie, il se rendit compte qu’il les connaissait toutes de la même manière. Sauf une, bien évidemment. Il y en avait une qu’il avait connue plus que les autres.

Au crépuscule, il mit la main sur un dessin représentant avec une terrible acuité le Sanhédrin, après l’apocalypse, avec les corps en contrebas ; on distinguait les contours brisés d’Alhassar, les débris du projecteur de rêves, au fond et à gauche. Mais Daniel fut particulièrement frappé par son propre air ahuri, par le regard qu’il lançait tout autour de lui comme pour encercler le carnage. Il enfonça le dessin dans une des poches de la veste, qu’il avait revêtue.
Cela ne suffisait pas à le détacher du souvenir qui lentement refaisait surface, à cause du bruit régulier de ses pieds sur le pavé, à cause de l’odeur de putréfaction qui commençait à emplir l’air. Plusieurs fois il fit volte-face pour vérifier s’il y avait quelqu’un derrière lui ; deux trois silhouettes s’évanouirent rapidement. A cela, il sut que ce n’était pas elle. Elle, elle n’avait pas bougé.
Les corps devenaient vert pâle sous le soleil et Daniel s’efforçait de ne pas les regarder. Mais il fallait bien qu’il voie où glisser son pied parmi les vies qui s’amoncelaient dans certaines ruelles désaffectées, et il laissa donc glisser son attention à la surface des visages. Peu à peu la nuit avala tout, et à la faveur d’un corps un peu trop jeune qui croisa son chemin, Daniel fut ramené des années en arrière.

Sa main tenait encore dans la sienne. Plus il y réfléchissait, plus il en était certain, d’avoir tenu sa main à un moment donné, durant cette journée-là. Comme il était à peu près sûr qu’elle n’avait pas eu le temps de l’appeler une première fois, qu’il n’aurait pas entendue, qui lui aurait échappé.
Etrangement, Daniel n’avait aucun souvenir esthétique de ce jour-là. Il ne parvenait à trouver de réconciliation ni dans la façon dont la poussière se solidifiait sous la pluie, ni dans le bruit que faisaient les grenades lorsqu’elles pleuvaient tout autant. Des œuvres sous toutes les formes volaient dans tous les sens, traversaient la rue à grandes enjambées lorsqu’on voulait les sauver, sautaient trouées par les fenêtres quand on voulait les détruire. Des morceaux de toile, témoins de générations d’artistes, couvraient le pavé comme une étrange fresque kaléidoscopique. Des hologrammes débordaient des balcons, et les murs entiers semblaient danser, emportant dans leur chorégraphie des centaines de portraits, de concepts et de fleurs. Et parmi aucun de ces tableaux, de ces dessins, de ces poèmes, parmi aucun des hologrammes qui continuaient de se promener légèrement sans remarquer qu’ils grésillaient, clignotaient ; parmi aucun de ceux-là Daniel ne trouva l’ombre de la Sensation, la silhouette de la Métaphore qui lui aurait permis de prendre du recul, de manière immédiate.
Maintenant, en déambulant dans les ruines d’Oniria, des dessins de Tomàs plein les poches, il pouvait la trouver assez facilement, grâce au poids du souvenir, grâce à la patte irisée du temps posée sur ses douleurs. Ce n’était pas le cas alors. Il gribouillait déjà ; mais il n’avait encore que douze ans. Et elle en avait quatre. Elle était le miracle qui avait fait que, finalement, ses parents ne s’étaient pas séparés et avaient continué de voler encore un peu.

Daniel avisa les restes d’un centre d’incubation. La porte avait volé, mais rien n’avait bougé à l’intérieur : une des cuves était d’ailleurs encore pleine, froide maintenant, mais pleine – et Daniel y plongea la main, pour sentir ses os exister.
Où était-il allé, lorsqu’il était inconscient ? Qu’avait-il touché qui ne remontait pas à la surface ? Les tâches bleues devaient bien avoir un sens, elles devaient avoir quelque chose à lui dire, qu’il pourrait absorber, pour en sortir comme un peu plus solide, acier trempé.
Elle aussi, elle avait les yeux bleus. Bleus comme l’oiseau aperçu quelques années plus tôt, quand les descentes de la Milice n’étaient pas encore aussi rapprochées, quand chaque jour n’était pas déjà simplement devenu un autre jour.
Daniel avait plongé le bras entier dans la cuve d’eau froide. Son épaule lui donnait l’impression de lâcher. Il déposa son sac par terre et passa de l’eau sur son visage. Un instant, son reflet fut plein de vagues – difforme ; puis il se retrouva, retrouva ses propres yeux bleus.

 

Le dernier dessin qu’il trouva était plié sous un bout de bois tombé de la charpente. La feuille était un peu abimée, mais il s’agissait d’un beau papier, épais, noueux, non traité, non blanchi, presque tressé. Lorsqu’il l’ouvrit, Daniel crut un instant être tout entier tombé dans la cuve d’eau glacée.
La scène représentée était celle de Satyä, le jour de la grande descente. Le jour où les Artistes avaient couru en masse vers la Pente aux Pendus, celle-là même au pied de laquelle, en bons utopistes, ils rebâtiraient bientôt la nouvelle Cité de Vérité. Les Fondateurs couraient se suicider en masse, dans la crainte de ne pas avoir le dernier mot sur leur concrète carcasse.
Daniel ne se souvenait pas précisément du nom de la rue, mais il reconnut les balustrades fleuries, et certaines bouteilles de verre renversées dans la précipitation du départ. Bien qu’il sût que c’était impossible, il lui parut même reconnaitre certains de ces visages courant vers lui, avec cette terreur dans les yeux ; il lui sembla revoir la vieille danseuse, la chanteuse d’opéra, le jongleur et l’holographiste.
C’était cela, certainement, l’exact coup d’œil qu’il avait dû jeter derrière lui avant de comprendre qu’il devait la laisser là, derrière lui. Avant de choisir sa propre existence au détriment de la sienne. C’était exactement ce qu’il avait alors vu.
Tomàs avait raison, encore : c’était ce que Daniel faisait : abandonner les gens derrière lui.

Le peintre regretta qu’on distinguât si peu son visage, enfoui sous ses cheveux humides. Il aurait bien aimé le revoir une fois. Entendre une dernière fois le cri derrière le rideau des cheveux. Il passa son pouce sur cette minuscule main tendue vers lui, mais une autre main, large, gantée de noir, tenait déjà son poignet. Difficile de savoir qu’elle était la raison exacte de sa douleur – le départ de son frère ? La poigne de la Milice ? – mais Alya hurlait car elle avait mal.
Le dessin réussissait le pari d’être à la fois authentique et algide. C’était exactement le souvenir que gardait Daniel, et qu’il n’avait pourtant que raconté à Tomàs. Mais combien de fois l’avait-il fait, finalement, si Tomàs avait pu en extraire quelque chose de si précis ? Une austère sensation l’envahit : c’était comme si son ami avait compris mieux que lui le drame de cette journée ou, emporté par la foule et par sa lâcheté, Daniel, l’artiste prometteur, Daniel, le jeune garçon de douze ans, avait abandonné sa petite sœur derrière lui.
Quelques jours plus tard, il serait à son tour enlevé et confié une famille d’accueil. Il ne reverrait plus sa sœur et peinerait de longs mois avant de pouvoir tenir un crayon à nouveau. Un jour, il serait heureux d’avoir survécu ; le lendemain, il troquerait sa vie contre la certitude qu’elle était en pleine santé, quelque part, ailleurs, comme lui. Ses décisions alternaient plus vite que la nuit et le soleil.

Daniel laissa tomber le dessin dans la cuve de l’incubateur, le regarda s’évanouir, s’étioler, disparaitre. Hors de question qu’il laissât qui que ce fût derrière lui, cette fois.

 

 

 

 

Comme il n’était venu là qu’une fois, le silence ne l’avait pas immédiatement surpris. Il avait dû faire un bout du trajet assez en profondeur, car la surveillance s’intensifiait au premier niveau. De fait, quand il était remonté juste sous les grilles, juste sous la rue, cela ne l’avait pas tout de suite interpelé. Et puis les égouts sentaient déjà assez mauvais, en soi. Ce ne fut donc que lorsqu’il trouva la trappe fermée, et qu’il dut la soulever à grand peine en prenant un vieux morceau de ferraille pour levier, ce ne fut donc qu’en voyant la pièce vide, qu’il fut surpris. Le vieux aux yeux blancs était pourtant assez clair : il était là à l’heure précise. Il ne tolérait pas de retard.

Isaac ôta sa capuche et fit le tour de la minuscule pièce, aménagée dans un sous-sol oublié. Dans un coin, un écran liquide scintillait et attirait malgré lui le regard de Guillaux. Une vidéo était en train de tourner, qui montrait l’arrivée, à travers les portes de la Cité, d’un cheval ; l’étendue, partout dans les rues, d’un massacre épouvantable. De vieux souvenirs de Clefs des Songes remontèrent à la surface, d’une certaine Hécatombe, Tark IX. Un récit qui avait -exception faite du pavot, bien entendu -eu raison des dernières traces d’Onironautisme chez Isaac. L’enseignant pianota sur l’engin pour voir d’où provenait la vidéo, mais elle s’éteignit bientôt sans qu’il trouvât de source. Le silence retomba soudain sur lui. Oniria était mortellement silencieuse.
Que faisaient de telles informations sans surveillance ?

Guillaux se força à se détourner de l’écran pour patienter. Mais la pièce était étroite, et après en avoir fait dix fois le tour, Isaac commença à se poser sérieusement des questions sur le maintien de son rendez-vous. En quête de réponse, il se rassit devant l’écran : dans un coin, une icône représentait deux yeux et, pris de doutes et de curiosité, il appuya dessus.

La vidéo montrait deux jeunes hommes aux silhouettes brisées. L’un des deux tenait un revolver à bout portant et visait l’autre. La caméra se rapprochait lentement, bougeant comme si quelqu’un la portait à l’épaule.
De quand datait cette vidéo ? Isaac en scruta les quatre coins mais ne trouva aucune information. Soudain, l’image s’obscurcit : la personne qui filmait venait de sauter sur l’homme qui tenait le revolver, l’avait bousculé, et s’était emparée de l’arme à feu avant de se rapprocher de l’autre. A cet instant les yeux s’arrêtèrent deux ou trois secondes sur le visage hirsute d’un jeune garçon fatigué. Il avait l’air d’avoir pris dix ans, mais Isaac le reconnut presque immédiatement.
C’était Daniel.
La suite se déroula en quelques secondes à peine et, avant qu’il puisse même comprendre ce qu’il s’était réellement passé, Isaac s’était retrouvé à courir sur le pavé, à l’affût du moindre bruit, dans la ville fantôme d’Oniria. La Cité Endormie.

Les bras de la caméra, rachitiques et ridés, avaient saisi Daniel par le cou pour le tirer en arrière, puis avaient à leur tour pris en joue l’autre jeune homme, vacillant sur ses deux pieds. Le professeur comprit à travers qui il regardait la scène : ce n’était pas une caméra comme une autre ; c’était les yeux blancs du vieillard.
Se jetant sur l’écran, Isaac tenta la géolocalisation : il n’en eut pas le temps. Un hurlement sortit de l’écran et un coup de feu retentit, si proche que, par réflexe, Guillaux se couvrit les oreilles. La détonation résonna quelques secondes encore entre les murs de pierre.

Sur la vidéo, quelqu’un gisait allongé par terre, puis le mur, une ruelle. Le corps du vieillard, plus vif qu’il n’y paraissait, enserrait toujours le cou de Daniel et le trainait dans une autre direction. Puis l’écran fut subitement noir.

Guillaux monta les escaliers quatre à quatre. L’impact de la vision qu’il trouva à la surface lui fit mesurer l’ampleur de ce qu’il avait abandonné derrière lui. Même si Bogus arborait encore des centaines d’écrans, elle grouillait déjà de ces larves inhumaines qu’étaient la destruction et l’indifférence. En clair : les rues étaient déjà violentes ; il suffisait de s’éloigner à quelques kilomètres de la ville pour voir des immeubles en ruines et des familles à la rue.
Mais c’était incomparable avec ce qu’il restait d’Oniria. Isaac pensa une seconde à la maison qu’il avait laissée derrière lui, au Phare qu’on inaugurait dans quelques jours, à Héliä seule avec Jonàs. Il espéra que Bastien était avec elle, ne serait-ce que pour passer le temps ; car plus l’ouverture du département de recherche synesthésique approchait, plus elle était constamment au bord de la panique éclatante.
Plus tard, Isaac s’en voudrait d’être capable, au milieu de ce carnage, de penser à l’éternelle peur de l’échec de son ancienne élève. Même si c’était une étoile dans la nuit.

Il prit un mauvais détour mais finit par trouver la ruelle en question. Le corps n’était pas celui de Daniel : Isaac s’approcha et, sous les flots de sang qui giclaient de la gorge, trouva le visage. Était-ce l’éternel ami du peintre, celui qu’il était venu chercher ici, soit en effet par amitié, soit parce qu’il ne supportait plus d’assister à l’écroulement perpétuel de la Cité de Vérité ? Quel était son prénom, déjà ?
Le mourant tourna son regard vers lui mais parut ne pas le reconnaitre non plus. Une gigantesque plaie avait ouvert son cou en deux. Guillaux tenta bien d’enserrer la trachée de ses deux mains, mais elles ne cessaient de glisser. Le gamin se noya une ou deux minutes plus tard.

Guillaux voulut essuyer ses mains sur ses genoux, mais craignit un instant d’être trop suspect sur le chemin du retour. Il avisa alors le drapé d’une banderole tombée là, entachant de rouge les luxueux fils d’or, il tenta de chasser une pensée : les élèves gravitant autour de lui avaient une furieuse propension à mourir jeunes.
La jeunesse, toujours, se faisait le plus de mal.
Isaac distingua alors l’objet du délit, qui scintillait sous le soleil.

Il n’avait auparavant tenu qu’une fois une arme à feu dans sa vie, quand il avait dix-sept ans. Et encore, ça avait été dans une soirée un peu spéciale, rassemblant des extrémistes de tous bords, dont l’un forcément avait apporté des armes à feu. Guillaux abhorrait ces gens-là, mais son âme adolescente s’était laissée séduire une minute par le poids de l’objet.
Mais à présent qu’il en soupesait un à nouveau, les souvenirs de manifestations musclées revinrent à lui comme une vie antérieure. L’enseignant se plaisait chaque jour à croire qu’il avait choisi la violence. Qu’il se mettait en danger. Que cela donnait du sens à son existence. Mais il était clair que lorsque l’on mettait Alias à côté du reste du monde, il y avait fort à parier que ce petit espace indépendant paraissait d’un pacifisme total. L’arme lui sembla donc étrangère, plus encore que la première fois, et il hésita longuement à la glisser dans sa poche.

Son écran émit un léger ultrason. Isaac venait de recevoir un message d’Héliä : elle voulait savoir quand est-ce qu’il rentrait.
Il reçut à ce moment-là un message crypté d’Héliä qui lui demandait quand est-ce qu’il rentrait. C’était étrange : Héliä savait bien que Guillaux ne pouvait recevoir qu’un seul message sur cet appareil, et que c’était pour cela qu’il réservait ce numéro aux cas d’extrême-urgence. Soit Héliä contrevenait aux règles du bon fonctionnement de la communauté – ce qu’elle faisait parfois nonchalamment – soit elle était convaincue que, même si les habitants d’Alias aimaient eux aussi à croire qu’ils vivaient dans une menace perpétuelle, il n’en était rien. Héliä savait qu’il n’y aurait pas plus d’urgence ce soir-là qu’aucun autre. Elle se permettait donc le luxe d’un babillage quotidien.
« Au plus vite » tapota Guillaux avant de détruire l’écran.

L’arme à feu en poche, Guillaux courut sur les traces de Daniel. Mais le vieillard et lui avaient déjà disparu.

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